London Marathon 2017, ce dimanche : Hanna and her sisters (in running)

Honte à moi de l’avoir fait attendre, elle belle et élégante athlète, toute de noir vêtue pour l’occasion, dans le crépuscule tombant ce soir de fin d’été sur l’esplanade au bout du Vaartkom, devant le Café Entrepot, où nous étions convenus de dîner ensemble à Louvain. Elle avait choisi le lieu, ma seule excuse de ne pas m’y être retrouvé dans le labyrinthe des rues adjacentes et d’avoir parcouru plusieurs kilomètres le long du canal de Louvain à Malines avant de pouvoir faire demi-tour et mettre le cap sur cette brasserie hip en gezellig, située dans le bâtiment rénové de l’OPEK, où la nourriture est gaie, correcte et facturée à des prix raisonnables.

Le site Marathonien de coeur et d’esprit et la philosophie nous avaient rapprochés mais nous ne nous étions jamais parlés ni rencontrés. A mon arrivée, elle m’accueillit avec une équanimité dont elle ne se dépara pas tout au long de la soirée, même lorsque furent évoquées les péripéties de sa saison 2016, laquelle faillit être olympique et, si elle ne le fût pas, resta, en ce qui la concerne, olympienne. « Douleur périt, reste la fierté. »

La course à la sélection olympique en vue du marathon des Jeux de Rio 2016 ressembla, des mois durant, à une partie de saute-mouton à travers l’Europe entre une demi-douzaine de candidates et autant de candidats masculins belges ayant réussi le minimum olympique lors de pérégrinations qui les emmenèrent aux quatre coins de l’Europe, Berlin, Francfort, Rotterdam, Amsterdam, Paris, Hambourg, Düsseldorf (et même au « bout du monde », puisqu’un candidat alla jusqu’à Melbourne pour décrocher une sélection qui lui fut finalement refusée à la suite d’un cafouillage officiel quant à la date-limite de qualification et d’une décision judiciaire qui s’ensuivit).

Paris combla ma convive, que l’on eût vue égérie d’un grand joaillier ou couturier parisien plutôt que labourant les parcours de cross-country ou arpentant les pistes des stades d’athlétisme. Sa ville de coeur, la descente des Champs Elysées, l’arrivée en vue de l’Arc du Triomphe, tout l’inspira : elle y battit son record personnel sur le marathon (2:38:35) et se replaça en ordre utile pour les Jeux. Mais, pour paraphraser Sartre, les jeux n’étaient pas faits. Nous étions au début du mois d’avril 2016. Il restait jusqu’à la fin du mois à ses rivales pour lui ravir sa place. Manuela Soccol y parvint deux semaines plus tard au Marathon de Hambourg.

Son équanimité cache une âme sensible et gracieuse – et un tempérament de feu. Hanna ne s’avoua pas vaincue. Trois semaines à peine après son record parisien, juste avant la date-butoir du 30 avril, elle se remit en route au Marathon de Düsseldorf avec comme lièvre son coach Veerle Dejaeghere (quant à elle déjà qualifiée, à 43 ans, pour le marathon des J.O. de Rio). Les conditions de course rendues encore plus pénibles par une météo affligeante l’empêchèrent – de peu ! – de réussir cet ultime baroud, mais elle ira jusqu’au bout de l’effort, s’octroyant une splendide place sur le podium et la plus grande des distinctions, son panache.

Ce dimanche, Hanna Vandenbussche fera partie du groupe des élites féminines du London Marathon, sans doute le plus prestigieux des World Marathon Majors de par le nombre et le niveau des athlètes engagés appartenant au gratin mondial de la spécialité. Au haut de l’affiche féminine, l’une des plus exceptionnelles jamais réunies lors d’une telle épreuve, figure la Kényane Mary Keitany. Avec un record personnel de 2:18:37 (record d’Afrique réalisé à Londres en 2012), elle est la deuxième marathonienne la plus rapide de tous les temps, derrière la Britannique Paula Radcliffe. La Kényane (35 ans) remporta son troisième Marathon de New York en novembre dernier et, si elle s’imposait à nouveau à Londres, elle deviendrait la quatrième femme à y être parvenue par trois fois.

Au total, quatre marathoniennes annoncées à Londres sont déjà descendues sous les 2 heures 20, et huit sous les 2 heures 22. Deux des trois médaillées de 2016 et trois anciennes lauréates du London Marathon ainsi que les lauréates des World Marathon Majors de Tokyo, Berlin, Chicago, New York de 2016 seront présentes dans la capitale britannique. La victoire devrait s’y disputer entre quatre Kényanes (Mary Keitany, Florence Kiplagat – lauréate du Marathon de Chicago en 2015 et 2016, ancienne recordwoman du monde de semi-marathon, Helah Kiprop et la championne olympique de 5000 m, Vivian Cheruiyot, qui fera ses débuts sur le marathon à 33 ans) et cinq Ethiopiennes (Mare Dibaba – médaille de bronze aux J.O. et championne du monde en titre, Tirunesh Dibaba – trois fois championne olympique et cinq fois championne du monde sur la piste, Tigist Tufa – la lauréate de 2015, deuxième l’an dernier, Aberu Kebede – trois fois lauréate du Marathon de Berlin, et Aselefech Mergia).

Le contingent élite féminin européen sera notamment constitué d’Andrea Deelstra (une enseignante en éducation physique de 32 ans qui représenta les Pays-Bas sur le marathon aux J.O. de Rio 2016 où elle se classa 60e en 2:40:49 après avoir réussi un chrono de 2:26:46 au Marathon de Berlin 2015), de la Suissesse Maja Neuenschwander (lauréate du Marathon de Vienne 2015, 6e à Berlin en 2015 en 2:26:49, record personnel), d’un quatuor britannique (Jo Pavey – 43 ans, Alyson Dixon, Charlotte Purdue et Susan Partridge) en lutte pour une sélection en vue des championnats du monde d’athlétisme 2017 qui auront précisément lieu à Londres et de la Belge Hanna Vandenbussche.

Consciente de ce qu’elle est, sur le papier, la plus lente du peloton élite féminin et de ce qu’elle courra peut-être une partie du marathon seule (puisque le départ des élites féminines précède de trois quarts d’heure celui des hommes et du public), Hanna se dit prête et sereine. Soyez-en sûr, elle se battra. Car, comme l’eût dit la Dame de Fer : The lady’s not for turning.

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Posté dans Dépassement de soi

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