« Franchissez le pas et émigrez ! »

L’écrivain japonais Haruki Murakami, dont ce blog faisait une recension de l’Autoportrait de l’auteur en coureur de fond la semaine dernière, a vécu un exil volontaire en Italie, en Grèce et aux Etats-Unis.

Dans un sondage publié sur son site lesoir.be (26.02.2012), le journal Le Soir révélait que plus de 70% des Belges préféreraient passer leur retraite à l’étranger. Combien sont-ils qui aimeraient tout autant ne pas attendre la retraite ? s’interrogeait Marathonien de coeur et d’esprit au début du chapitre sur le Marathon de Copenhague (p 53).

Selon les statistiques du Ministère de l’Economie, cité par le quotidien flamand Het Nieuwsblad (27.07.2012), ce sont près de 17.000 Belges de 15 à 29 ans qui se sont expatriés de Belgique en 2010. Ces jeunes Belges sont généralement hautement qualifiés et, selon le sociologue Ignace Glorieux de la VUB, c’est pour fuir les perspectives d’avenir peu enthousiasmantes qu’ils quittent le pays, médaille d’or dans une discipline hélas non olympique, celle des prélèvements fiscaux et sociaux (voir aussi lesoir.be, 04.08.2012).

De nouveaux horizons…

Cet exode ne semble guère préoccuper la sphère politique. Pourtant, un départ vers l’étranger n’effraie plus ces jeunes Belges à la recherche d’un revenu disponible plus gratifiant et d’un environnement plus aéré et plus sûr. En effet, ils ont participé à des programmes internationaux d’échange au cours de leurs études, s’ils n’ont pas déjà vécu de six à douze mois en auto-suffisance économique sous de lointaines latitudes, comme ces jeunes du RIWA (club d’athlétisme Rixensart-Wavre) partis individuellement vivre une belle aventure l’un au Canada, un autre aux Etats-Unis, d’autres encore en Amérique centrale et du Sud, en Australie ou en Nouvelle-Zélande. Marathonien de coeur et d’esprit (« Forever Young »…, p 167) leur dédie volontiers le présent article.

Partant du principe qu’un marathon constitue une belle opportunité de visiter une ville de fond en comble et de se mêler à ceux qui y vivent, Marathonien de coeur et d’esprit, qui n’est pas un livre sur le marathon mais un regard de marathonien sur notre époque et sur le monde, aborde la question de savoir où il ferait bon vivre et travailler dans le chapitre sur le Marathon de Copenhague (p 53). (Commandez le livre pour 12,50 € directement chez l’éditeur en double-cliquant sur le lien suivant : Commander.)

Dans un article publié dans la section Life & Arts du Financial Times (12-13.05.2012) sous le titre « Take the plunge and emigrate » (traduit ici par « Franchissez le pas et émigrez »), le journaliste britannique Simon Kuper, lui-même un émigré multi-récidiviste (« serial migrant ») selon ses propres termes, émet, comme le laisse présager le titre de son article, une opinion radicale concernant l’émigration.

Ayant vu le jour en Ouganda (la patrie du nouveau champion olympique sur marathon, Stephen Kiprotich, soit dit en passant), Simon Kuper naquit en 1969 de parents sud-africains qui émigrèrent à Leiden (Pays-Bas), où son père enseigna l’anthropologie à l’université. Le journaliste vit à présent à Paris et écrit sur le sport d’un point de vue anthropologique. Il est notamment le co-auteur, avec le sociologue Stefan Szymanski, de Soccernomics, une étude socio-économique du monde du football actuel. Kuper doit sa nationalité britannique (par contre refusée à ses propres enfants nés à Paris !) à ce que son grand-père vint au monde à Manchester, en 1912, de parents fraîchement émigrés de Lituanie. Ces derniers perdirent deux enfants victimes de la scarlatine et délaissèrent, par la suite, l’insalubrité de l’Angleterre industrielle pour les cieux beaucoup plus cléments de la Rhodésie de l’époque.

Dans son article du Financial Times, le journaliste britannique souligne que, autrefois, émigrer était beaucoup plus pénible qu’aujourd’hui. Quand ses grands-parents embarquèrent à bord d’un navire à destination de l’Afrique au début du XXème siècle, ils savaient que la décision qu’ils avaient prise le serait probablement pour le restant de leurs jours. A présent qu’émigrer est devenu un jeu d’enfant, poursuit le journaliste, bon nombre de jeunes des pays occidentaux (Grèce, Espagne, où le chômage des jeunes est exorbitant mais aussi partout ailleurs où les jeunes sont confrontés à un manque de perspectives) devraient émigrer tout de suite. Partir n’est-il pas plus attrayant qu’éventuellement passer plusieurs années hébergés chez ses parents à regarder la télévision dans l’expectative d’une hypothétique occupation ou que travailler pour payer les pensions de la génération précédente et rembourser la dette publique astronomique accumulée durant cinq décennies d’incurie politique ?

… et de nouvelles expériences!

De tout temps, depuis qu’ils ont quitté l’Afrique originelle, les hommes ont émigré. Que l’on en juge par le nombre de coureurs d’origine italienne, espagnole, portugaise et autre dans les pelotons de nos challenges de courses à pied. Les parents de ces coureurs – à moins que ce ne soit eux-mêmes – ont tous, un jour, décidé de quitter leur patrie à la recherche de nouvelles opportunités d’existence.

Depuis la fin du XXème siècle, l’émigration a toutefois changé de nature. Elle n’est plus « pour toujours ». Il suffit désormais de s’embarquer sur un vol d’une compagnie à bas prix, de prévenir ses proches par un texto, de garder le contact via skype et, si la destination ne plaît pas, de réserver un vol retour. (Comme l’a dit Jean Rostand : « Pour frayer un sentier nouveau, il faut être capable de s’égarer. »)

L’émigration, conclut Simon Kuper, en se référant à un ouvrage de l’anthropologue Susan Ossman (Paths of Serial Migration), est probablement la voie la plus rapide pour améliorer ses perspectives de travail et d’existence dans l’immédiat et pour le restant de ses jours !

Les Néerlandais l’ont bien compris, eux qui ont toujours quelques longueurs d’avance sur les Belges (20 médailles dont six d’or aux derniers Jeux Olympiques de Londres; voir aussi Marathonien de coeur et d’esprit, p 81). Cela se vérifie à nouveau en matière d’émigration. Ils sont 355 à quitter leur pays. Chaque jour. Près de 65.000 durant la première moitié de l’année 2012 ! (Centraal Bureau voor de Statistiek, www.cbs.nl).

Où aller ? Marathonien de coeur et d’esprit amorçait une réponse. Restez en ligne. Ce blog y reviendra dans un prochain article. Et si, entre-temps, cet article éveille une vocation, son auteur, marathonien mais aussi chef d’entreprise, peut être joint via l’onglet contact du site !

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Posté dans Connaissance de soi

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