Descente de la Lesse 2015 : Jeronoh et Brandenbourg, vainqueurs de la torpeur

Dimanche, la Belgique aurait connu son 30 août le plus chaud depuis 1901! La fringante concurrente qui se tenait à côté de moi dans le bus en direction du départ était plongée dans un roman de Maylis de Kerangal, Réparer les vivants. Etait-ce prémonitoire de ce qui attendait les concurrents de cette 35e Descente de la Lesse et le moyen de se rassurer avant de courir 21,9 km dans un état de torpeur tropicale?

A Houyet, l’ancien maire de la commune de Buis les Baronnies, en Drôme provençale, fidèle à son poste de commentateur de la Descente de la Lesse depuis toujours ou presque, essaya bien avec sa faconde toute méridionale de rasséréner les esprits, les coeurs s’appesantissaient au fur et à mesure que la température grimpait. Elle ne serait pas la seule. La Descente de la Lesse, comme son nom ne l’indique pas, comporte quelques belles côtes, à commencer par celle de Clinchamps après le gué de l’Iwène au km 3 et la montée vers le village et le ravitaillement de Gendron, point culminant du parcours, un kilomètre plus loin.

Alors que ça chauffait sous la casquette, il eût pu paraître incongru de parler de tartiflette, ce plat savoyard à base de reblochon, le fromage des Aravis, coupé sur la tranche pour la cuisson et arrosé d’aspremont ou de chignin au moment de servir. C’était pourtant de tartiflette dont il fut question lorsque le peloton se regroupa comme à l’habitude pour méditer avant son ascension des escaliers qui l’amenaient au pont ferroviaire de Gendron, au huitième kilomètre de la Descente de la Lesse. Bernard Viaene, infatigable promoteur des 4 Cimes de Herve, y expliquait à qui voulait l’entendre (« Maman » et quelques autres dames dont l’effort avait aiguisé l’appétit, car « Papa » semblait plus intéressé par l’aspect sportif des 4 Cimes) comment on prépare la variante liégeoise du plat savoyard.

Pour tous ceux qui ne trouvèrent rien de mieux à faire sous les ombrages que de se précipiter vers l’arrivée, voici la recette de la « herviflette » : 1 kg de pommes de terre à cuire, éplucher et découper en lamelles ; à faire revenir avec 300 gr de lardons et 4 oignons dans une poêle avec 4 cuillères à soupe de beurre ; saler, poivrer et recouvrir de deux fromages de Herve découpés en cubes avant de faire dorer 15 min au four – plus ou moins le temps que prend aux esthètes l’ascension de la côte de Walzin au 13e par 30° C à l’ombre –, agrémenter de quelques cuillerées de sirop de Liège et arroser la cuisson de Val-Dieu (et rendez-vous à Battice le 8 novembre pour les 4 Cimes du Pays de Herve 2015). « Vous avez mis 2 h 53? » Ben oui et que du plaisir, comme ils disent! C’est le privilège de courir à l’arrière du peloton que d’y faire de succulentes découvertes ainsi d’ailleurs que de séduisantes rencontres dont le mérite n’est pas moindre que celui des premiers puisque ces dernières y passent beaucoup plus de temps.

Certes, de sémillantes personnalités qui ne vous bassinent pas constamment avec leurs chronos et leurs bobos, il y en a aussi à l’avant. Timide à l’interview d’avant le départ lorsqu’elle répondait aux questions qui lui étaient posées dans un anglais affiné à l’accent de la Drôme, Mercyline Jeronoh démontra toute sa gracieuse vivacité par la suite, sur la course qu’elle termina à une extraordinaire 8e place au scratch en 1:28:43 et après la remise des prix. Comme elle vit à présent à Annecy, dans la Haute-Savoie, nul doute que cette championne kenyane de 23 ans apprécie autant la tartiflette que les grimpettes. Puisse l’ami Bernard l’inviter aux 4 Cimes du Pays de Herve et lui présenter la recette liégeoise du plat savoyard car ce serait un plaisir de revoir cette belle athlète en Belgique où elle s’alignait dimanche pour la première fois.

Que Michael Brandenbourg (1:20:58) se soit imposé parmi les hommes, par contre, personne ne s’en étonnera dès lors qu’il portait les couleurs de l’ARCH, le club organisateur de la Descente de la Lesse, c’était son 4e succès dans cette classique mosane et, en plus, c’est lui qui avec son père et son frère jumeau avait débroussaillé le parcours les jours précédant la course. Michael doit en connaître chaque mètre et la moindre aspérité! Comment voudriez-vous, dans de telles conditions, que ses adversaires eussent pu le surprendre?

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Le prochain rendez-vous du Challenge Delhalle est le Semi Vert d’Amay, le dimanche 13 septembre 2015 à 10 heures. Outre les 21,1 km, deux autres distances figurent au programme hors challenge du jour : 11,4 km et 5,4 km.

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Posté dans Dépassement de soi

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