Challenge Delhalle à Habay-la-Neuve – Les Forges de la Forêt d’Anlier (21.06.2014)

« Nous n’avons pas de mot pour le contraire de la solitude, écrivit Marina Keegan dans un article intitulé ‘The Opposite of Loneliness‘ et publié dans le journal de l’Université de Yale en 2012, mais si nous en avions un, je pourrais dire que c’est ce que je veux dans la vie. Ce n’est pas vraiment de l’amour et ce n’est pas de l’esprit de communauté ; c’est juste le sentiment qu’il y a des gens, une abondance de gens, qui sont ensemble dans tout ceci. » A vous entendre parler de vos états d’âme (trous noirs, surmenages et désamours), vous étiez apparemment nombreux à être venus vous ressourcer dans la « foultitude » des Forges de la Forêt d’Allier.

D’abondance voire de plénitude il était bien question à Habay-la-Neuve pour le Challenge de la Convivialité et le Challenge Delhalle des courses nature : 456 inscrits et 422 coureurs classés sur les 7 km des Mini-Forges, 1207 inscrits et 1110 classés sur les 19 km des Forges. Et, nombreux encore serez-vous pour les 18e, 19e et 20e éditions de cette splendide randonnée forestière, à laquelle José Diswiscourt, jamais à court d’ardeur d’avance ni en retard d’un produit du terroir, vous conviait déjà en 2015, 2016 et 2017.

Samedi, premier jour de l’été, lendemain de match pour les uns et veille de match pour les autres, la convivialité était, comme d’habitude, au rendez-vous. Parmi les 14 « épreuves » du Challenge de la Convivialité figurent, à côté des Forges de la Forêt d’Anlier, la Champenoise, le Marathon du Médoc, le Marathon du Cognac et la Foulée des Vignerons. L’on ne s’étonnera donc pas du nombre de coureurs français présents au départ de cette manche du Challenge Delhalle, ni de l’inclination costumée et festive de la manifestation (le coureur français, vous disait-on dans le livre Marathonien de coeur et d’esprit, est probablement le plus festif du peloton), ni du caractère tonique des ravitaillements sous les feuillus du pays d’Anlier. Les coureurs les plus rapides se contentèrent probablement d’eau à leur premier passage de peur d’avoir à se soumettre à l’alcootest à l’arrivée mais ils ne manquèrent pas d’y retourner faire le plein d’énergie et, pour ceux qui s’étaient pris les pieds dans les racines, s’en servir de baume pour leurs éraflures.

Les plus rapides précisément, puisqu’il convient d’en parler s’agissant de course à pied, furent Jonathan Dekeyser (1:04:04) et Louise « trois victoires en trois week-ends » Deldicque (1:16:26 et bravo!) sur la grande distance, Valère Hustin et Nora Sadoun sur la petite distance. L’épouse de Jonathan, Claire Leroux, termina quatrième femme en 1:24:39. José, si leur rejeton se met à courir et comment pourrait-il en être autrement, annonce d’ores et déjà lors de la prochaine remise des prix qu’il faudra encore plus d’ardeur que celle d’un sanglier des Ardennes pour le devancer dans la 35e édition des Forges en 2032 ! Toutefois, cette année, le plus applaudi, par une salle debout, à sa montée sur le podium, fut Raymond Rasquin qui, à 86 ans, termina les 19 km en 2:24:13, 1025e au scratch, laissant une centaine de coureurs derrière lui.

« Ce dont j’ai peur, poursuivait Marina Keegan dans l’article paru dans le Yale Daily News, c’est de perdre cette toile dans laquelle nous sommes. Cet insaisissable, indéfinissable contraire de la solitude. Mais, qu’une chose soit claire : les meilleures années de notre vie ne sont pas derrière nous. Elles font partie de nous, elles sont destinées à se répéter tandis que nous évoluons et nous bougeons. We’re so young. We’re so young. We’re twenty-two years old. We have so much time. »

And, maybe not after all. A l’âge de 22 ans, peu de temps après avoir écrit les lignes citées ci-dessus, Marina Keegan perdit la vie dans un accident de la route. Ses écrits enregistrés sur le disque dur de son ordinateur qui fut récupéré dans la carcasse de la voiture de son compagnon qui s’était endormi au volant et s’en sortit indemne viennent d’être publiés sous le titre The Opposite of Loneliness. Ils comprennent notamment un précédent article du journal de l’Université de Yale que, peut-être en guise d’allusion à l’écrivain américain David Foster Wallace, Keegan avait intitulé « Even Artichokes have Doubts ».

Les organisateurs des Forges de la Forêt d’Anlier ayant demandé aux coureurs d’honorer la mémoire du Président du Challenge de la Convivialité décédé en avril dernier sur le Marathon de Cheverny, première épreuve du challenge 2014, ainsi que celle du jeune journaliste du Soir décédé sur les 20 Km de Bruxelles le mois dernier, et nombre de participants ayant été retardés samedi par la fermeture de l’E411 à la suite de l’accident qui coûta la vie à deux jeunes conducteurs, comment pourrait-on ne pas évoquer ces destinées tragiques ?

« Pas tout à fait sûre de la route sur laquelle nous sommes et si nous aurions dû la prendre, écrivait encore Marina Keegan dans cet article prémonitoire. Ce dont nous devons nous souvenir, c’est que nous pouvons encore tout faire. Nous pouvons changer d’avis. Nous pouvons tout recommencer. L’idée qu’il puisse être trop tard pour entreprendre quoi que ce soit est comique. Elle est hilarante. Nous ne pouvons pas, nous ne DEVONS pas perdre ce sens du possible car en définitive c’est tout ce que nous avons. »

Même si les artichauts ont des doutes. C’était d’ailleurs déjà la conclusion à laquelle votre auteur marathonien préféré, galopant passé le cap de la soixantaine désormais en territoire si étrange, était arrivé dans l’épilogue de son livre, Marathonien de coeur et d’esprit, que, si imparfait soit-il, ceux qui ne l’auraient pas encore lu sont invités à commander via le lien ci-dessous.

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2 Commentaires » pour Challenge Delhalle à Habay-la-Neuve – Les Forges de la Forêt d’Anlier (21.06.2014)
  1. HENNERESSE dit :

    Tu écris magnifiquement bien, je suis pleine d’admiration………… Merci Thierry pour ton écoute attentive, qui fait tellement de bien dans notre société! Au plaisir de te lire, encore et encore! Bisou

  2. Vanderlinden Marc dit :

    Salut, Thierry… Je ne suis pas un grand lecteur en général mais j’ai apprécié ton article. Il détaille superbement les raisons pour lesquelles nous courons: ni pour la gloire, ni pour l’argent mais pour partager ensemble notre passion. Merci de l’avoir si bien expliqué… 🙂 Marc

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