« Why women win in the long run »

Il m’est arrivé une chose étrange l’autre jour. Une belle neige toute fraiche avait samedi recouvert les alentours d’un tapis de quelques centimètres et mes camarades de club et moi nous étions retrouvés moins nombreux que d’habitude dans l’air vif mais pas très vivifiant du matin à la séance d’exercices d’échauffement, précédant l’entraînement proprement dit pour lequel le groupe se subdivisa en deux, chaque partie choisissant un versant différent de la vallée de la Dyle à Wavre.

Mon groupe s’était fixé comme objectif de courir de 8 à 10 km, m’avait-il semblé comprendre, mais, sous un bonnet d’hiver, allez savoir ! Toujours est-il qu’après deux kilomètres le long du chemin de fer, à travers champs et d’un petit raidillon, nous avions tous les pieds mouillés glacés complètement transis, à vrai dire nous ne les sentions plus, fallait-il s’en inquiéter ?

Aussi l’objectif initial fut-il revu à la baisse par une large majorité, sauf par un gang de cinq. Nous décidâmes, quatre accortes compagnes et moi, de profiter du spectacle féérique que nous offrait ce matin d’hiver. Aucune ne rechigna, ni ne se plaignit de ce que cela allait trop comme ci ou trop comme ça, de ce que cela glaçait et glissait quand même un peu, jusqu’au bout des douze kilomètres que nous parcourûmes finalement.

En fait, la chose – que je me retrouve seul avec quatre femmes à vouloir aller au bout de l’effort, si modeste soit-il en soi, fût-ce en plein hiver – n’est pas si étrange, ne l’est même pas du tout et me remit en mémoire un article publié dans la section Life & Arts du Financial Times des 26 et 27 janvier 2019 sous le titre « Why women win in the long run » et consacré à la victoire d’une femme dans la « Montane Spine Race », une course à pied, l’une des plus brutales d’Angleterre, dont elle détient désormais le record absolu en 83 heures 12 minutes 22 secondes.

C’est que la « Spine Race » se court en hiver, en janvier, sur les collines de la Pennine Way, l’épine dorsale de l’Angleterre, d’Edale et à Kirk Yetholm, et sur une distance de 268 miles (430 kilomètres) avec 13.135 mètres de dénivelé positif, correspondant respectivement à dix fois un marathon et une fois et demi l’Everest ! Jasmin Paris – c’est ainsi que se nomme la lauréate, une Britannique de 35 ans, mère d’une enfant qu’elle allaite encore, l’obligeant à extraire du lait en cours de route – précéda son adversaire le plus proche d’un peu plus de 15 heures.

L’édition 2019 prit tournure à l’avant-dernier point de contrôle, dans une auberge de jeunesse où les coureurs avaient l’occasion de se sustenter, de se faire soigner et de dormir. Jusque-là, la future lauréate avait couru la plupart des 194 miles (311 km) en compagnie d’Eugeni Roselló Solé, un spécialiste espagnol de l’ultra-endurance qui s’était imposé dans cette course en 2013. Celui-ci se fit soigner d’ampoules aux pieds et décida de dormir ; Jasmin Paris, bien qu’ayant dormi moins de trois heures pendant les 54 précédentes et étant sujette à des hallucinations (les arbres faisaient du yoga et les pierres se transformaient en petits animaux), se remit, quant à elle, en route. A son réveil, l’Espagnol se lança dans une poursuite effrénée qui l’épuisa. Il dut être secouru et abandonna à 6 km de l’arrivée.

Notre sortie hivernale de samedi à mes quatre compagnes et moi-même n’était bien évidemment pas comparable, loin s’en fallait, à cette épreuve surhumaine dans le Nord de l’Angleterre, mais n’en était-elle pas moins une éclatante démonstration de la capacité de résilience féminine, même si mes quatre compagnes ne se mirent pas à halluciner, ce dont ma présence, j’imagine, les empêcha ?

(Photos, dessus : Jasmin Paris, Montane Spine Race ; dessous : Sport Pour Tous Wavre)

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Posté dans Dépassement de soi

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