35. PZU Maraton Warszawski – Marathon de Varsovie (29.09.2013) – Une évaluation

Pour les « ados » de troisième année de l’enseignement secondaire en mal de géographie et pour tous ceux qui auraient négocié le cap d’une manière désinvolte, rappelons que la Pologne est un pays dix fois plus vaste que la Belgique, habité par près de 40 millions d’habitants et bordé par la mer Baltique, l’enclave russe de Kaliningrad et la Lituanie au nord, la Biélorussie et l’Ukraine à l’est, la Slovaquie et la République tchèque au sud, et l’Allemagne à l’ouest.

La Pologne fait partie de l’Union européenne mais elle n’a pas adopté l’euro. Heureusement, l’on y accepte les cartes de crédit, même pour l’achat d’un ticket de bus à 2 €. Vous n’avez donc pas besoin de vous encombrer d’une monnaie que vous éprouveriez des difficultés à écouler à moins d’y retourner avant qu’elle ne cesse d’avoir cours. Y aller, y retourner ?

Evaluons donc ce Marathon de Varsovie qui s’est déroulé le dimanche 29 septembre 2013 sur base des cinq critères déjà retenus pour le Marathon de Malte en début d’année et les cinq autres marathons courus entre-temps par votre auteur marathonien préféré (Limassol à Chypre, Lille-Lens La Route du Louvre, Shakespeare à Stratford-upon-Avon, La Roche-en-Ardenne et Tallin en Estonie).

Organisation

Le Marathon de Varsovie est le plus grand de Pologne par le nombre d’arrivants (8506 dimanche dernier, record absolu) et, de ce point de vue, il précède les marathons de Poznan, Orlen-Varsovie (dont la seconde édition aura lieu en avril 2014), Wroclaw et Cracovie qui tous totalisent néanmoins plus de 3000 finishers sur marathon (sans faire entrer en ligne de compte les éventuelles épreuves annexes).

Si vous envisagiez de créer une entreprise en Pologne, retenez ce nom : Magda Lewandowska. Elle fut la cheville ouvrière de l’organisation, elle parle anglais et se montre d’une rare efficacité. Où se trouve ceci ? Quand aura lieu cela ? Demandez à Magda. Elle contribua assurément à ce que Marathonien de coeur et d’esprit décidât pratiquement au pied levé de participer à ce Marathon de Varsovie 2013.

Le centre névralgique de l’organisation se situait dans le stade national de Varsovie qui fut construit pour l’Euro de football 2012, on vous l’a déjà dit dans l’article précédent consacré à Felix Limo, et dont les Varsoviens sont extrêmement fiers. Curieusement, ce stade multi-tâches avec toit amovible, d’une contenance de 58.000 places assises, ne dispose pas d’une piste d’athlétisme, alors que la Pologne s’enorgueillit d’une tradition athlétique dont témoignait la présence de Wanda Panfil (54 ans), victorieuse au début des années 90 dans les marathons de Boston en 2:24:18, Londres en 2:26:18, Nagoya, New York et Tokyo (ces trois derniers à chaque fois en 2:29:50).

Mille huit cents volontaires encadraient le Marathon de Varsovie. Accessibilité du stade par le tram ou le métro, retrait des dossards fluide et rapide, espace expo, consigne répartie sur six rangées en fonction des numéros de dossards et vestiaires (dans le sous-sol du stade), douches, stations de ravitaillement bien pourvues en eau, boisson isotonique et fruits ainsi que WC tous les 2,5 km, balisage à chaque kilomètre, chronométrage en temps réel par puce électronique incorporée dans le dossard, prises de temps intermédiaires tous les cinq kilomètres et à la mi-course ainsi qu’au départ (en plusieurs vagues) et, bien sûr, à l’arrivée, T-shirt souvenir et superbe médaille à l’arrivée : rien ne manquait à ce qui devrait combler le joggeur le plus exigeant.

La qualité de l’organisation générale du Marathon de Varsovie méritait un 18/20.

Parcours

L’aire de départ occupait, sur toute sa largeur, le pont Poniatowski au-dessus de la Vistule et à côté du stade national. L’on partait dans la direction du centre-ville et, dans une louable intention de vous faire visiter d’autres quartiers que celui de la gare centrale, l’on bifurquait à droite avant d’y arriver afin d’effectuer une petite boucle dans la vieille ville et de rejoindre le bord de la Vistule que l’on suivait sur environ 7 km, dont une partie souterraine (pas plus scénique que les tunnels le long des quais de Seine à Paris). Ensuite, l’on s’écartait du fleuve et accomplissait une petite boucle dans le parc où se situe le Palais de Bains Royaux (aussi appelé « Palais sur l’eau »). Au sortir du parc, l’on se dirigeait pratiquement en ligne droit vers l’imposant Temple de la Divine Providence, basilique érigée en guise de reconnaissance pour la liberté retrouvée (km 25). Cela ne signifiait pas encore que les marathoniens avaient retrouvé la leur puisque ce ne fut qu’après le 38ème kilomètre que l’on aperçut le pont Poniatowski et le stade libérateur. Il fallut passer sous le pont pour rejoindre le stade et se présenter sur la ligne d’arrivée à l’intérieur de ce dernier.

De manière ingénue, les organisateurs faisaient part de ce que s’il ne s’agissait pas encore du tracé idéal, il s’en rapprochait. L’option retenue était « plane et rapide ». Yared Shegumo pour la Pologne, Weldu Negash Gebretsadik pour la Norvège dont il postule actuellement la nationalité et Solomon Molla Tiumauy pour l’Ethiopie se disputèrent la victoire au sprint dans les dernières centaines de mètres et occupèrent dans cet ordre le podium masculin en respectivement 2:10:34, 2:10:37 et 2:10:39. L’Ethiopienne Goitetom Haftu Teshema s’imposa chez les femmes en 2:29:32, nouveau record de l’épreuve.

Le joggeur amateur type flâneur n’avait franchement pas grand-chose à reprocher à ce parcours et lui accordait volontiers un 16/20.

Ambiance

8693 coureurs s’étaient présentés sur la ligne de départ du Marathon de Varsovie 2013, 8506 le terminèrent. Les femmes représentaient près de 12% du total, les étrangers (hommes et femmes), 5,5% du total. Dans le contingent étranger et parmi 56 pays, 74 coureurs provenaient de Grande-Bretagne ; suivaient l’Allemagne (52), la Finlande (44), la France et la Suède (27), le Japon (23). Nous étions six Belges (autant que les Espagnols, les Néerlandais et les Suisses).

Les catégories d’âge les plus nombreuses étaient sans surprise les 30-39 (3126 coureurs) suivis des 40-49 (1994) et des 20-29 (1620) chez les hommes, les 30-39 (473) suivis des 20-29 (300) et des 40-49 (191) chez les femmes. Il y avait 17 hommes et 3 femmes âgés de plus de 70 ans.

Pour ceux et celles qui n’avaient pas prévu leur propre accompagnement musical, des ensembles musicaux étaient présents tout le long du parcours. Le public étaient relativement clairsemé. Les organisateurs de marathons n’ayant pas le privilège de rassembler les enfants des écoles pour fêter la joyeuse entrée des souverains marathoniens, il fallait se réjouir de la présence et des encouragements de ceux qui s’intéressèrent réellement à l’événement et leur en savoir gré. (Cote d’ambiance : 16/20)

Accessibilité

Varsovie se situe à quelque 1300 km, presque entièrement sur autoroute, de Bruxelles (pas plus loin que Nice, en définitive!). Comptez 13 heures de voiture, 2 heures d’avion. A moins d’avoir l’âme bédouine d’un invétéré routard, le choix est vite fait : LOT à partir de Bruxelles et à condition de vous y prendre à temps pour éviter que l’aller-retour ne vous coûte plus de 500 €, Ryanair ou Wizz à partir de Charleroi pour moins de la moitié et un ticket acheté à quelques jours du déplacement.

L’aéroport de Varsovie-Chopin est situé à proximité de la ville et un bus vous emmène directement du terminal à la gare centrale. Si, comme c’est souvent le cas, les alentours de la gare ne figurent pas parmi les plus pittoresques, c’est là qu’il est préférable de vous faire héberger car le tram ou le métro vous conduira directement jusqu’au stade national.

L’on attribue à Napoléon (s’adressant en fait à ses généraux jaloux des prouesses d’une unité d’élite polonaise au terme d’une bataille décisive en Espagne) l’expression « saoul comme un Polonais ». Si vous fermez les yeux sur cet aspect de la culture locale (à 8 heures du matin, un homme en état d’ébriété avancé prétendit bloquer les portes du métro et empêcher sa troupe de marathoniens de se rendre au stade…), Varsovie est une ville qui se laisse facilement appréhender. (Cote d’accessibilité : 15/20)

Destination

Il est difficile de se faire une idée valable d’une destination sur base d’un aller-retour de deux jours dont l’un consacré à la visite du stade national et l’interview de deux phénomènes de la planète marathon (Wanda Panfil et Felix Limo), l’autre au marathon lui-même et au rush du retour.

Quand, à une heure encore matinale, vous vous extrayez de l’avion de la compagnie low cost et descendez sur le tarmac à Varsovie, la fraîcheur vous fait aussitôt regretter de ne pas avoir sorti la veste matelassée Uniqlo de l’armoire d’hiver. Quand vous repartez, vous regrettez que les sbires des services de sécurité n’aient pas encore été réhumanisés depuis la chute de l’empire soviétique.

Passées ces première et dernière impressions, un marathon constitue certes une belle manière de visiter une ville et d’en prendre le pouls. Mais encore, conviendrait-il qu’il parcourût toutes les artères emblématiques et que l’on s’y arrêtât. Or, accompagnant d’un bout à l’autre une charmante jeune femme portant en version polonaise (Izabela) le même prénom que sa grand-mère et sa fille l’athlète, Marathonien de coeur et d’esprit put une nouvelle fois vérifier quelques traits du caractère type, suivant le dictionnaire des prénoms de Claude Mercier, de celles qui le portent : « Elles n’écoutent pas. Même quand elles sont fatiguées, elles ne cessent de travailler. Elles apprennent parfois à connaître leurs limites mais c’est rare. » Toujours est-il qu’Iza, dont la page Facebook indiquait à la veille de l’épreuve « 9839 : what the f… idea ! » et dont l’objectif était de finir le marathon, son premier, sous les 4 heures 30, ne s’arrêta jamais, même pas pour se désaltérer (ce qu’elle ne fit d’ailleurs qu’à partir de la seconde moitié de l’épreuve). Combattive jusqu’au bout, elle acheva le parcours en déboulé sur les dernières centaines de mètres et à l’intérieur du stade national où elle termina en 4 h 21 min.

Pour cette Iza d’un jour et la sympathie que suscitent toujours la vaillance et la persévérance d’une jeune femme encore au printemps de son existence, oublions les fraîcheurs d’automne et les sbires de l’aéroport formés au temps du Pacte de Varsovie et accordons à la destination une cote de 15/20.

Obtenant un score général de 80/100, le Marathon de Varsovie se voit décerner son certificat Marathonien de coeur et d’esprit avec la mention « grande distinction ».

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Posté dans Accomplissement de soi

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