Murakami à Berlin, auteur marathonien culte dans ville marathon fétiche

L’écrivain japonais Haruki Murakami s’est vu décerner le 7 novembre à Berlin le prix de littérature du journal allemand Die Welt.

Auteur de romans traduits en cinquante langues et édité à des millions d’exemplaires, Murakami fait figure d’auteur culte parmi les marathoniens pour son Autoportrait de l’auteur en coureur de fond, paru en 2007 et traduit en français en 2009. Le titre anglais du livre, What I Talk About When I Talk About Running, est plus proche de son titre original qui s’inspirait de celui d’un recueil de l’auteur américain de nouvelles Raymond Carver, What We Talk About When We Talk About Love. Dans son Autoportrait, Murakami parle de sa passion pour la course à pied d’endurance et de l’aide qu’elle lui apporta dans sa carrière d’écrivain.

Dans une interview accordée en janvier de cette année au grand journal allemand Die Zeit, Haruki Murakami précisa : En fait, je ne suis pas quelqu’un de particulièrement physique. Je ne pratique pas non plus le sport parce que c’est bon pour la santé. Il s’agit plutôt d’un mécanisme métaphysique. Je veux me défaire de mon corps. Je veux que mon esprit puisse s’en échapper quand je me concentre. Ça marche uniquement lorsque je garde mon corps en bonne forme. Le corps doit être un temple, une structure stable dont je puisse me libérer.

C’est toutefois autour d’autres thèmes que s’articulent les romans de Murakami : l’étrange (Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil), le détachement de soi (empreint de solitude et de fatalisme), la musique (La ballade de l’impossible qui tire son inspiration et son titre original, Norwegian Wood, d’une chanson des Beatles extraite de leur album Rubber Soul de 1965), la lecture et la sexualité.

A Berlin, ce n’est ni le thème de la course à pied libératrice, ni l’un des thèmes habituels de son oeuvre, mais le thème du mur (en général et non du marathon en particulier) que Murakami évoqua dans son discours d’acceptation du prix de littérature du journal Die Welt. Comment eût-il pu en être autrement à l’occasion du 25e anniversaire de la chute du Mur de Berlin ? C’est un thème important pour moi en tant qu’écrivain, souligna-t-il, car les murs constituent un symbole de ce qui sépare les gens des systèmes de valeur. Ils délimitent, ils protègent, ils isolent. Mais, même quand ils servent à nous protéger, nous refoulons d’autres personnes de l’autre côté : c’est la logique des murs. Inévitablement ces derniers s’érigent en système qui se retourne contre la logique d’un autre système.

Ce peut être un mur matériel, réel, poursuivit-il, ce peut être un mur invisible qui enferme notre pensée. Certains murs nous empêchent de progresser, d’autres nous encerclent. Un mur tombe, un autre apparaît. Un mur ethnique, un mur religieux, un mur d’intransigeance, un mur de fondamentalisme, un mur érigé sur l’envie, un mur érigé sur la peur. Ne sommes-nous pas capables de vivre dans un système sans murs ?

Pour nous écrivains, ajouta-t-il, les murs sont des obstacles que nous devons détruire. C’est d’ailleurs ce que nous faisons, métaphoriquement s’entend, avec nos histoires. Nous dépassons les murs qui séparent le réel de l’irréel, le conscient de l’inconscient. Nous explorons l’autre côté du monde, puis nous revenons de ce côté-ci et nous racontons en détail tout ce que l’on a vu de l’autre côté sans nous préoccuper de l’importance du mur qui nous en sépare.

Le dernier roman en date de Murakami, L’incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage, paru en 2013 au Japon, s’y classa au sommet des ventes de l’année avec un million d’exemplaires. Il a été publié en français en septembre 2014.

(L’Autoportrait de l’auteur en coureur de fond de Murakami fit l’objet d’une recension dans un article antérieur de cette chronique marathonienne.)

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