Marathon Lille-Lens – La Route du Louvre (12.05.2013)

Bienvenue chez les Ch’tis. « Quand tu viens dans le nord, tu pleures deux fois : une fois en arrivant et une fois en le quittant ». Ayant prévu des navettes Lens-Lille par bus et trains le dimanche matin et après-midi, les organisateurs du Marathon Lille-Lens – La Route du Louvre vous offraient donc la possibilité de chercher un hébergement proche du départ situé entre les gares de Lille-Flandres et Lille-Europe (avec plusieurs établissements de quelques grandes enseignes) ou sur Lens où le marathon se terminait au coeur du bassin minier.

C’était Lille et son infrastructure hôtelière moderne, petit-déjeuner sans stress et quelques minutes à pied pour se rendre au départ de 9 heures 45 (avec le seul inconvénient du retour au départ en train après la course), ou c’était Lens, chambre exigüe, pas de chauffage, douche froide au pommeau, fragments de verre jonchant le parking de l’hôtel (question de vous faire prendre au pied de la lettre l’avertissement sur un écriteau à moitié esquinté « Ne laissez pas d’objets de valeur dans votre véhicule ! »), lever à 6 heures 30, petit-déjeuner à 7 heures, bus vers la gare à 7 heures 45 et premier train pour Lille à 8 heures 04… Tu assumes ou tu pleures !

Déjà, tu avais un peu pleuré pour trouver l’endroit où l’on distribuait les dossards. Non, Jeff, t’étais pas tout seul, car toute une cohorte de Français se retrouvèrent à la même heure plutôt tardive le samedi après-midi au même endroit où il ne fallait pas… C’était pourtant bien indiqué sur les infos marathon : il suffisait de ne pas les lire jusqu’au bout et de ne pas aller chercher au siège de Lille Métropole ce qui se trouvait au siège du Conseil Régional (à côté du Zenith, tenez-le vous pour dit).

Pour ceux qui avaient choisi Lens comme point du chute, les organisateurs du Marathon Lille-Lens – La Route du Louvre avaient réquisitionné le vaste parking du stade Bollaert, d’où partaient le dimanche matin les navettes pour la gare de Lens. Encore fallait-il choisir la bonne et marathonien ne pas se retrouver dans celle des randonneurs. Une simple affichette à l’avant des bus et un brin de proactivité de la part des conducteurs (ou des coureurs un peu endormis) eussent permis d’éviter les transvasements de petit matin.

Philippe (Kad Merad dans le film) : L’île ? L’île de quoi ?
Jean : Non, pas sur une île ! Lille ! La ville de Lille !
Philippe : La ville de Lille ? Mais c’est horrible !

Avec un peu plus d’un million d’habitants, Lille représente la quatrième agglomération de France, après Paris, Marseille et Lyon. Marchande à ses origines puis manufacturière à partir du XVIème siècle, Lille s’est reconvertie dans le secteur tertiaire en même temps qu’elle accueillait le TGV et Eurostar dans les années 90 et développait son pôle universitaire. C’est dans le quartier d’Euralille avec ses tours à l’architecture avant-gardiste que se donnait le départ du Marathon Lille-Lens sous un ciel maussade affichant pluie et fraîcheur et n’augurant rien de bon pour la suite.

Julie (la femme de Philippe) : Tu vois, brouillards givrants !
Philippe : C’est quoi ça, brouillards givrants ?
Julie: Ben c’est l’horreur.
Philippe : Ben non, regarde, c’est qu’au lever du jour, 6 degrés le matin, 11 l’après midi, c’est pas si froid que ça !
Julie : Parce que tu crois que c’est les vraies températures ?
Philippe : Ah oui ! Non ?
Julie : Ben ouvre les yeux Philippe, le département du Nord il fait pression pour qu’à la météo ils rajoutent des degrés ! Sinon personne n’irait là-haut !

Ceux qui participaient à ce Marathon Lille-Lens – La Route du Louvre 2013 en classe touristes s’échauffèrent et se réchauffèrent sur les trois premiers kilomètres qui traversaient Lille en son centre puis le long de quelques avenues bordées d’arbres. C’est au quatrième kilomètre que le peloton franchissait l’A26 et s’éloignait définitivement de la « Capitale des Flandres », en direction de Loos et d’un premier ravitaillement au km 5. Les ravitaillements bien pourvus en bénévoles, eau (bouteilles en plastique), sucre, fruits et autres aliments solides se succédèrent par la suite tous les 2,5 kilomètres. Rien à redire.

Des meneurs d’allure aidaient les marathoniens à courir sur des bases de 3 h, 3 h 15, 3 h 30, 3 h 45, 4 h, 4 h 15 et 4 h 30. Le Shakespeare Marathon de Stratford-upon-Avon datant de l’avant-dernier weekend et les deux semaines écoulées n’ayant pas été de tout repos, une certaine circonspection était de mise. « Deux marathons dans l’intervalle de quinze jours ? Lors d’un précédent marathon, j’ai rencontré un fringant quinquagénaire qui fêta son demi-siècle d’existence en courant un marathon par semaine pendant un an ! » relativisa, chemin faisant, une aimable « cheteumi » exilée à Paris. Il n’y a heureusement plus assez de semaines dans l’année pour fêter de la même manière le prochain anniversaire de Marathonien de coeur et d’esprit. Selon La Rochefoucauld, « En vieillissant on devient plus fou, et plus sage ». Ici, la sagesse prévalut et le groupe des 4 h 30 s’imposa tout naturellement pour parcourir la Route du Louvre en toute décontraction et en si charmante compagnie.

Le groupe en question était emmené par deux costauds. Harnachés à un mât portant leur flamme drapeau « 4 h 30 », un attirail pesant une quinzaine de kilos, ils n’en cessèrent pas pour autant de causer et de prodiguer des conseils à leurs groupies d’un bout à l’autre. S’il en fût de même pour les meneurs d’allure du groupe des 3 h, ce fut assurément à des athlètes exceptionnels que la tâche avait été dévolue !

C’est que, sur les routes départementales entre Loos et Emmerin (km 10), plus encore sur le chemin de halage le long du Canal de la Deûle que l’on ne quitta pratiquement pas du km 13 au km 25 (du Pont sur la Deûle à Santes à l’Ilot de la Haute Deûle à Bauvin), et plus tard en rase campagne lorsque l’on se met à décompter les kilomètres, un vent soutenu de 30 km/h aux trois-quarts de face contrariait la progression des coureurs. Les « biloutes » qui se crurent assez forts pour s’extraire du groupe avant la mi-course et prendre le large se virent d’ailleurs tôt au tard ramener à la raison.

Par bonheur, l’on courait en musique. A Lille, un orchestre accueillait les coureurs au sortir de la gare et, dans tous les villages que traversait la Route du Louvre, c’était la fête : harmonies, trompes de chasse, percussions, orgue de barbarie, pipes and drums, guitaristes, musiques brésilienne, écossaise, mexicaine, africaine, orchestre bavarois en Lederhosen, etc. A plusieurs endroits, des « Géants des Flandres », carnavaleux, majorettes étaient de sortie pour saluer les visiteurs du jour qu’encourageaient aussi avec chaleur, par leurs prénoms puisqu’ils figuraient en grand sur les dossards, des citadins et villageois enthousiastes.

Entre-temps, le ciel s’était éclairci et un soleil guilleret accrochait des touches printanières aux visages des coureurs et aux animations festives.

Quand à l’horizon se profilèrent les silhouettes massives des hauts terrils houillers des fosses 11-19 de Loos-en-Gohelle que l’on atteignait au km 39, cela faisait quelques kilomètres que « cheteumi » téméraire tu faisais l’expérience d’une manière différente d’envisager les relations entre ton corps et ton esprit et que la durée te rapprochait du chaos (cette limite absolue en-deçà de laquelle il n’y a rien), comme l’écrivit joliment Guillaume le Blanc dans Courir : Méditations physiques. L’ultime kilomètre tout en montée jusqu’au pied de la tour d’extraction du puits N°19 ajoutait à la dimension métaphysique de l’épreuve et de l’événement.

Philippe : Non j’pleure pas !
Antoine (Dany Boon) : Si tu pleures !
Philippe : Non j’pleure pas !
Antoine : Non tu pleures pas…

Quatre coureurs kényans se classèrent aux premières places, Raymond Kemboi s’imposant en 2 h 14 min 21 s, et une Kényane, Emily Ngetich, termina première femme (et septième au scratch!) en 2 h 41 min 48 s. 1581 marathoniens se classèrent. Un marathon-relais accueillit 77 équipes de six coureurs et près de 2000 coureurs prirent le départ d’une épreuve sur 10 km. Selon les organisateurs, cette journée sport-détente dans le bassin minier attira aussi huit mille randonneurs.

Voici à présent sur base de nos cinq critères habituels une appréciation certes toute subjective et relative du Marathon Lille-Lens – La Route du Louvre :

Organisation (16/20)

Le Marathon Lille-Lens – La Route du Louvre est à la hauteur du label national dont il bénéficie. 1500 bénévoles avaient été mobilisés et assuraient notamment la qualité et la convivialité des ravitaillements. Mis à part les quelques remarques ci-avant concernant l’enlèvement des dossards et l’identification des navettes marathoniens-randonneurs et le manque d’amabilité des cerbères qui officiaient à la sortie du site d’arrivée, il n’y a aucun reproche à formuler. Comme particularité par rapport à d’autres marathons, signalons que pasta party et marathon expo se tenaient après l’arrivée. C’est aussi à l’arrivée que chaque finisher recevait, outre sa médaille commémorative, son lot de goodies (T-shirt technique, dons divers des sponsors, dans un sac pouvant par la suite resservir pour emballer le linge sale ou les chaussures).

Seul regret, le chronométrage électronique ne fonctionna qu’à l’arrivée. Pas de tapis électronique au départ, ni à la mi-course. Ceux qui prirent sagement le départ à l’arrière du peloton perdirent une minute au chronométrage officiel.

Parcours (13/20)

Le Marathon Lille-Lens La Route du Louvre vous fait découvrir le ch’nord d’une manière pareille à nulle autre ainsi que le bassin minier candidat pour un classement au patrimoine de l’Unesco. Le dernier kilomètre d’enfer avec l’arrivée au pied du puits vous restera gravé dans la mémoire, voire aussi dans la chair.

A cette exception et sous réserve d’une météo clémente, la Route du Louvre ne présente aucune difficulté majeure et convient pour une première tentative sur la distance d’un marathon.

Ambiance (18/20)

Le Marathon Lille-Lens – La Route du Louvre 2013 constituait le quarantième marathon officiel de votre auteur favori sur le sujet. A l’occasion d’aucun autre, il ne se souvient d’avoir vu autant d’ensembles musicaux et d’animations en tous genres. A Berlin, Paris, Rome, Barcelone et dans d’autres grandes villes européennes dont il est question dans Marathonien de coeur et d’esprit (achetez le livre via ce lien), les spectateurs étaient inévitablement plus nombreux mais ceux présents sur le parcours de la Route du Louvre, même au passage du groupe des « 4 h 30 », affichèrent un soutien sympathique et enthousiaste.

Accessibilité (15/20)

Sous ce titre sont évalués les aspects logistiques et pécuniaires (déplacement, hôtels, coûts).

Le droit de participation au Marathon Lille-Lens – La Route du Louvre s’élevait à 28 € jusqu’au 31.12.2012, 38 € jusqu’au 31.03.2013 et à 48 € à partir du 1er avril 2013. Marathonien de coeur et d’esprit avait été invité.

Si vous vivez en Belgique comme, pour le moment encore, la plupart des Belges et de plus en plus de Français, vous avez le choix entre le train et la voiture, Lille et Lens. Si vous optez pour la voiture et Lens, descendez dans un hôtel en périphérie et, pour éviter les surprises, lisez attentivement les commentaires des clients sur les sites de réservation en ligne. Le dimanche matin, vous n’éprouverez pas de difficulté à garer votre véhicule sur le vaste parking du stade Bollaert d’où partent donc les navettes pour la gare de Lens. De là, trois trains vous emmèneront au départ de Lille.

 

Destination (14/20)

Lille mérite assurément une visite, touristique (Vieux Lille, Grand Place, Palais des Beaux Arts, hôtel de ville et beffroi, Vieille Bourse, Musée LaM de Villeneuve d’Ascq où vous admirerez ou non des oeuvres de Miro, Modigliani, Picasso, Kandinsky, Braque), gastronomique et culturelle, a fortiori si un artiste de renom international se produit au Zenith.

Lens abrite désormais une antenne du Musée du Louvre dans un chapelet de bâtiments aux façades de verre et d’aluminium dessinés par le bureau d’architecture japonais Sanaa. (Le Louvre-Lens accueillera une exposition L’Europe de Rubens du 22 mai au 23 septembre 2013). A dix minutes de Lens, parcourez, dans les collines de l’Artois, les chemins de mémoire consacrés à la Grande Guerre 1914-1918. Après avoir satisfait votre appétit culturel et historique, rassasiez-vous au Pain de la Bouche, un estaminet typique situé à quelques dizaines de mètres de la gare de Lens où l’on vous servira, dans une salle éclairée à la bougie, un filet mignon de porc à l’avesnoise et ses pommes reinettes que vous ferez précéder d’une mini-quiche au maroilles et agrémenterez d’une Karmeliet (la bière belge aux trois grains servie dans son splendide verre). C’est un repas dont, même dégusté seul, vous parlerez encore à vos arrière-petits-enfants.

Obtenant un score général de 76/100, le Marathon Lille-Lens – La Route du Louvre se voit décerner son certificat Marathonien de coeur et d’esprit avec la mention distinction..

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Posté dans Accomplissement de soi
2 Commentaires » pour Marathon Lille-Lens – La Route du Louvre (12.05.2013)
  1. Sophie dit :

    Merci pour ce superbe marathon partagé 😉

  2. Hocquet dit :

    J’avais envie de m’y inscrire depuis un certain temps. Grâce à votre compte-rendu, c’est maintenant chose faite.
    Juste une question (dont j’aurai certainement la réponse bientôt sur leur très bon site internet laroutedulouvre.fr): y a-t-il bien des navettes entre lens et lille à l’arrivée? Merci d’avance, Stéphane – Les Joints de Grains

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