Marathon de Tokyo 2015 – Post-scriptum

« Non, Monsieur, cette casquette en forme de tête d’alligator, il n’est pas question que vous la portiez pour le marathon. Par ici, la poubelle ! » Tout penaud, ce coureur japonais s’empressa d’aller remettre l’objet du litige à sa femme. Le Marathon de Tokyo 2015 s’était mis en mode de sécurité pré-olympique. Les quelque 36.000 participants accédèrent à l’aire de départ via des portiques de sécurité (comme dans les aéroports), tous les bagages étaient fouillés, les récipients (bouteilles d’eau et fioles en tous genres) ainsi que les déguisements jugés agressifs étaient prohibés, les services de police et d’ordre étaient omniprésents. Ulala Nagashima, responsable des relations publiques de l’organisation, expliqua que le dispositif renforcé faisait suite à l’attentat qui avait endeuillé le Marathon de Boston, un autre World Marathon Major, en 2013. Ne s’agissait-il pas aussi d’un exercice de contrôle de foule en temps réel en vue des Jeux Olympiques de 2020 qui se dérouleront à Tokyo ?

Dimanche, plusieurs centaines de milliers de spectateurs encourageaient les dizaines de milliers de marathoniens dans les rues de Tokyo. Ces derniers couraient en champ clos, du jamais vu dans les annales de Marathonien de coeur et d’esprit. D’un bout à l’autre, là où les trottoirs n’étaient pas déjà équipés de barrières urbaines permanentes, du ruban de balisage séparait spectateurs et coureurs et le service d’ordre veillait à ce qu’aucun spectateur ne transgressât la ligne de démarcation et ne s’aventurât au travers du peloton.

La popularité du Marathon de Tokyo est telle que d’année en année, alors qu’il n’en était qu’à sa neuvième édition, plus de 300.000 demandes sont enregistrées pour les 36.000 dossards disponibles. Mais, la réussite de cet événement tient d’abord aux 11.600 volontaires qui l’encadrent, tous uniformément habillés de survêtements aux couleurs de leur fonction : le blanc pour les stewards et hôtesses à l’expo, le vert pour les volontaires parlant une langue étrangère, l’orange pour les préposés à la collecte et à la remise des effets personnels au départ et à l’arrivée, le bleu pour les préposés aux quinze ravitaillements en eau, boisson énergétique et en fruits (pour cinq d’entre eux), le rouge pour le personnel médical. Tout en vaquant efficacement à leur besogne, les ravitailleurs ne manquaient pas en plus de vous encourager en choeur et de bon coeur dans une jovialité indescriptible. C’était aussi sous les applaudissements et les acclamations des volontaires que les gentils amateurs qui mirent quatre heures et plus si affinités récupéraient leurs effets personnels dans un vaste hall après l’arrivée.

Le départ du Marathon de Tokyo fut donné, après qu’un choeur eût entonné l’hymne national, repris par de nombreux marathoniens, au pied des bureaux de la mairie, à quelques centaines de mètres de la gare ferroviaire de Shinjuku, l’une des plus fréquentées au monde (4 millions d’usagers par jour), en plein centre de cette métropole la plus peuplée au monde (plus de 13 millions d’habitants pour la ville même et près de quarante millions si l’on y ajoute l’agglomération). Sur les cinq premiers kilomètres, le parcours descendait avant de contourner le palais impérial et d’entamer au 10e km un premier aller-retour d’une dizaine de kilomètres en direction de Shinagawa, suivi d’un second au départ de Ginza en direction de Asakusa. Les gentils amateurs qui n’avaient pas trop traîné en route avaient ainsi l’occasion d’apercevoir la tête de la course et, par la suite, de constater qu’il y avait des concurrents encore de plus lambins qu’eux. A partir du 35e km, l’on prenait la direction de la baie de Tokyo en s’offrant de petits casse-pattes lorsqu’on empruntait les ponts surplombant des voies d’eau avant d’atteindre le finish au Tokyo Big Sight, le parc des expositions international en bord de mer, en dehors de la ville proprement dite.

Le prize money s’élevait pour le Marathon de Tokyo à 34.500.000 yen japonais (JPY), soit plus de 255.000 €, répartis de manière égalitaire entre les dix premiers hommes et les dix premières femmes, les trois premiers des deux sexes empochant respectivement 8.000.000, 4.000.000 et 2.000.000 JPY (environ 59.250, 29.625 et 14.813 €). Le long sprint de Stephen Kiprotich qui rafla la deuxième place pour une seconde à Dickson Chumba constituait donc un investissement à haut rendement. Si, à 18 sec près, le vainqueur éthiopien Endeshaw Negesse (2:06:00) avait amélioré le record de la course qu’avait réussi Dickson Chumba en 2014 (2:05:42), ce sont 3.000.000 JPY (22.222 €) qu’il eût ajouté à sa prime de vainqueur. Birhane Dibaba, victorieuse chez les femmes, est par contre restée à 52 sec du record de la course que détient Tirfi Tsegaya, également depuis 2014, en 2:22:23. Sans doute les conditions de course de l’an dernier étaient-elles plus propices à l’exploit que celles de cette édition-ci.

Sur les 34.063 finishers, 26.836 étaient des hommes, 7.227, des femmes. Elles représentaient donc un peu plus de 21% du peloton. Trois quarts des marathoniens étaient japonais. En dehors du Japon, les plus grands contingents de coureurs provenaient de Taiwan (1367), des E.-U. (708), de Chine (510), de Hong Kong (476) et de Grande-Bretagne (295), le plus grand contingent européen devant l’Espagne et l’Allemagne. Les 40-49 formaient le groupe d’âge le plus nombreux (un tiers du total). Ils précédaient les 30-39 (27,7%) et les 50-59 (20,2%). Le doyen était âgé de 90 ans, la doyenne de 80 ans, tous d’eux originaires du Japon.

Ayant peu dormi pendant les 15 heures de vol à l’aller et passé une seconde nuit blanche à la veille de la course, Marathonien de coeur et d’esprit a quelque peu peiné dans les 15 derniers kilomètres de ce marathon, son 55e, qu’il a terminé en 12.965e position (sur 34.063 arrivants), en 4:20:37 (temps net). Le décalage horaire de 8 heures est un paramètre délicat à gérer. Quoi qu’il en soit, il restait encore 21.000 autres dilettantes en course à son arrivée et pour tous, des dizaines d’orchestres, choeurs, groupes de danse folkloriques et modernes soutenaient l’ardeur tout au long d’un parcours qui faisait visiter aux marathoniens les quartiers emblématiques d’une ville hors norme, propre, sûre, raffinée et souriante.

Avec une cote de 18/20 pour son organisation (dommage qu’il ait fallu attendre cinq jours pour les résultats globaux), 18/20 pour son parcours, 20/20 pour son ambiance, 20/20 pour son accessibilité (de nombreuses compagnies aériennes proposent des tarifs avantageux à cette époque de l’année) et 20/20 pour la destination (fascinante à tous égards ; il faut avoir vu Tokyo dans une vie), le Marathon de Tokyo obtient la plus grande distinction avec un score global de 96/100 au palmarès Marathonien de coeur et d’esprit.

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Vous trouverez sur ce site un compte-rendu de la course des élites avec les classements des dix premiers hommes et femmes via ce lien : Negesse, Dibaba : victoires éthiopiennes au Marathon de Tokyo 2015.

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Posté dans Accomplissement de soi

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