Malta Marathon – 28ème Marathon de Malte (24.02.2013)

Vous souvenez-vous du « Maltais », ce truculent personnage court sur pattes, ventripotent et coiffé d’un borsalino qui apparaissait dans une série BD des années 90 aujourd’hui terminée et épuisée? Le chauffeur de taxi qui assura la liaison entre l’aéroport et l’hôtel sur la principale des îles de l’archipel où se déroulait dimanche le Marathon de Malte en était le sosie. Conduisant à près de 100 km/h et d’une main sa Mercedes 250D du siècle dernier totalisant 700.000 km au compteur et désormais dépourvue d’amortisseurs, tanguant, soubresautant, louvoyant d’un côté à l’autre de la chaussée de ses cinq cylindres rugissants, il dribbla même un autobus articulé des transports publics autour d’un rond-point. A côté de cela, l’atterrissage de l’Airbus 319 d’Air Malta dans une nuit balayée par un vent soutenu consistait en une partie de franche rigolade, fort applaudie d’ailleurs par les passagers quand les roues de l’avion touchèrent enfin le tarmac.

« Speed kills » (« la vitesse tue ») répètent des panneaux de signalisation le long des routes. C’est aussi la théorie de Nassim Nicholas Taleb, ce mathématicien d’origine libanaise et auteur d’ouvrages à grand succès international dans lesquels il étudie les phénomènes du hasard et de l’incertitude. La vitesse, considère-t-il dans le plus récent de ses ouvrages, Anti-Fragile, ajoute une couche de complexité à notre existence alors que nous sommes déjà confrontés à la complexité de la nature et mal armés pour en prévoir et en résoudre les défis. Mais alors, direz-vous, si l’on écarte le facteur « vitesse » et cette obsession du chrono qu’affichent certains, qu’est-ce qui fait l’intérêt de la course en général et d’un marathon en particulier ?

Voici une tentative de réponse Marathonien de coeur et d’esprit en cinq critères, appliqués dans la foulée au Marathon de Malte (le « Land Rover Malta Marathon ») qui s’est couru dimanche.

Organisation

Marathonien de coeur et d’esprit préfère s’inscrire à un marathon sans contingent, directement sur Internet, à un moment de son choix, le plus tard possible, en fonction de son agenda professionnel et de sa forme du moment, et choisir lui-même son moyen de transport et son hôtel. A cet égard, un site Internet complet et, au besoin, une communication efficace avec le comité d’organisation du marathon, de préférence en anglais, sont fort appréciables.

Une fois sur place, la facilité du retrait des dossards, la clarté des instructions pour la consigne, le départ et l’arrivée et, le jour de la course, un chronométrage par puce électronique, la disponibilité de sanitaires en nombre suffisant, la présence de signaleurs pour assurer le balisage et la sécurité du parcours, les ravitaillements et l’assistance médicale paraissent les points primordiaux.

Les inscriptions pour le Marathon de Malte 2013 s’effectuaient sur Internet jusqu’au 15 janvier, cinq semaines avant le jour J, et le paiement via une procédure sécurisée. Les dossards se retiraient quatre soirées de suite dans un magasin d’articles de sport du principal centre commercial de Sliema, à deux cents mètres de l’aire d’arrivée. Une puce électronique était intégrée dans le dossard mais aucun temps intermédiaire ne fut pris, pas même à la mi-course. Chaque kilomètre était indiqué par un panneau et les ravitaillements en eau et boisson isotonique étaient suffisants. Le balisage, par contre, accusait certaines lacunes. La consigne pour récupérer ses affaires personnelles était située à quelques dizaines de mètres de la ligne d’arrivée, entre un restaurant fast food et une église (il y en aurait 365 sur l’archipel).

La prestation d’ensemble du Marathon de Malte sur ces différents points pouvait être jugée satisfaisante et méritait un 13/20.

Parcours

Un parcours se distingue par sa difficulté (dénivelé, surface), son intérêt scénique, sa rapidité et le fait de convenir ou non pour un premier marathon.

Les organisateurs du Marathon de Malte expliquent sur leur site qu’ils font avec ce qu’ils ont, à savoir un territoire de 196 km2 pour l’île principale sur laquelle se déroule l’épreuve. Le départ était donné devant l’entrée de l’ancienne capitale de Malte, Mdina, surnommée « la ville silencieuse », somptueuse ville fortifiée du centre du pays, fondée par les Phéniciens, occupée par les Arabes, libérée par les Normands, occupée par Napoléon que chassèrent les Anglais appelés en renfort par les Maltais. (Voilà pourquoi, à Malte, l’on roule à gauche, même parfois les taxis, les prises d’électricité disposent de trois broches et l’anglais est la seconde langue officielle dont l’enseignement dans une ambiance méditerranéenne est fort prisé, même à l’étranger.)

Mdina (dont le nom provient de l’arabe et signifie « ville ») est un lieu chargé d’histoire et plein de majesté avec la Cathédrale Saint-Paul comme fleuron. Mais, après vingt-sept kilomètres de circonvolutions dans les alentours sur des routes pas vraiment en bon état et encombrées d’une circulation « speedée » avec laquelle les coureurs sont en contact direct pendant des kilomètres, l’on était content de mettre le cap sur la côte. En outre, si les organisateurs se targuaient de ce qu’entre le départ et l’arrivée l’altitude baissait de 200 mètres, c’était faire peu de cas de ce qu’autour de Mdina, cela ne cessait de monter et de descendre et même la descente vers le bord de mer était agrémentée de faux plats et du passage de ponts. C’est ce qui explique que le record de l’épreuve s’établissait à 2 h 18 min 38 s jusqu’à cette année (le Kényan Joshua Kipchemba en 2008) chez les hommes et à 2 h 40 min 28 s (la Britannique Carolyn Hunter Rowe depuis 1994) chez les femmes. Le vainqueur de l’édition 2013, le Marocain Mohammed Hajjy, pulvérisa le record de l’épreuve en 2 h 16 min 06 s. (La première femme, Carmen Hili de Malte, se classa 19ème au scratch de l’édition 2013, en 2 h 56 min 38 s. Avis à nos meilleures marathoniennes!)

L’on accepte l’argument des organisateurs concernant l’exiguïté du territoire. Le parcours du Marathon de Malte 2013 ne méritait pas  la cote d’exclusion, ni une balance, mais c’était limite quand même : 10/20.

Ambiance

Contribuent à l’ambiance, le nombre des concurrents, celui des spectateurs, les animations le long du parcours.

403 concurrents terminèrent le Marathon de Malte 2013. Cela représentait 10% de plus par rapport à 2012. Vous couriez souvent seul à moins que vous ne vous fussiez organisés pour participer en couple ou en groupe. Sauf à l’arrivée et à l’exception de quelques rares enfants qui s’égosillaient ou d’automobilistes qui klaxonnaient à votre passage, le public était inexistant le long du parcours. Seuls quelques orchestres et fanfares sauvaient la mise.

Etaient toutefois organisés conjointement au Marathon de Malte proprement dit, un semi-marathon et un « walkathon » que terminèrent près de 2.400 participants. Dans la descente vers Sliema, les marathoniens du ventre mou du peloton rejoignaient des nuées de marcheurs ainsi sans doute que quelques semi-marathoniens attardés et confrères marathoniens épuisés. Les hordes de marcheurs apportaient le double bénéfice d’une circulation plus canalisée et d’un moindre isolement, même si la présence des marcheurs signifiait aussi qu’il fallait parfois slalomer de long en large pour les dépasser.

L’un dans l’autre, nous restions loin du compte et une cote d’ambiance supérieure à 10/20 ne se justifierait pas.

Accessibilité

Reprenons sous ce vocable les aspects logistiques et pécuniaires, « déplacement », « hôtels », « coûts ».

Malte n’est pas encore à proprement parler desservie par les compagnies « low cost » à partir de la Belgique. Par contre, des Irlandais de Cork s’étaient déplacés via Dublin avec Ryanair et des Irlandais du Nord de Belfast avec EasyJet. L’aéroport de Malte accueille aussi des vols d’autres compagnies « low cost » comme Vueling, Air Berlin, Norwegian. A partir de la Belgique, c’était Air Malta pour quelque 200 € si vous vous y preniez à temps, plus de 500 € si vous aviez tardé, à moins de trouver un truc chanceux ! (Ecrivez à l’auteur via l’adresse de contact de ce site, il vous informera plus en détail.)

Les organisateurs listaient sur leur site plusieurs hôtels avec lesquels ils avaient négociés des tarifs spéciaux. Parmi ces établissements, un « 5 étoiles » situé à St. Julians proposait une formule B&B à un prix très démocratique. Seul inconvénient, une party y réunissait, la veille du marathon, plusieurs centaines d’invités. Certains couples passablement éméchés regagnèrent leurs chambres aux petites heures en s’apostrophant à tue-tête et en s’esclaffant à gorge déployée dans les couloirs avant de claquer les portes, de déplacer les meubles et de se livrer à d’autres occupations sans aucun égard pour le repos de leurs voisins marathoniens dont le réveil était prévu à 5 heures 30 et le départ en bus pour Mdina à 6 heures 30, le départ du marathon étant donné à 8 heures. Autre lacune, à cette heure matinale, l’hôtel pourtant partenaire du Marathon de Malte n’avait prévu en guise de collation que quelques barres de céréales et une tasse de café pour les coureurs…

Le droit d’inscription au Marathon de Malte était fixé à 35 €. Seuls les résidents avaient l’occasion de payer moins cher (25 €) en s’inscrivant et en s’acquittant de la somme avant le 31 décembre. Un transport était organisé au départ de l’hôtel vers le site du départ, moyennant un supplément de 5 €.

Bien qu’il subsiste quelques points cruciaux à améliorer, l’ensemble de ces aspects pour le Marathon de Malte (Air Malta offre un niveau de prestations correct quoique l’espace entre les sièges soit chiche, le personnel de l’hôtel était efficace et sympa, le droit d’inscription n’était pas abusif) peut être jugé comme satisfaisant (13/20).

Destination

Pour qui entend ne pas courir et mourir ignare, ce critère recouvre les points d’intérêt culturel, gastronomique et climatique du choix d’un marathon.

Malte consiste en un archipel de huit îles dont trois sont habitées, Gozo et Comino en plus de l’île principale éponyme. Cet état, le plus petit de l’Union européenne, l’a rejointe en 2004 et a adopté l’euro en 2008. Habitée depuis la préhistoire, ce dont témoignent de somptueux monuments mégalithiques, Malte a subi convoitises, invasions et influences, des Phéniciens aux Carthaginois, des Romains aux Vandales et Ostrogoths, des Arabes aux Normands avant de finalement passer sous tutelle britannique au début du 19ème siècle et de gagner son indépendance en 1964. La langue maltaise conserve les traces de ces multiples influences. D’origine et de consonance arabe, elle emprunta beaucoup aux vocabulaires de la Sicile et de l’Italie toutes proches, aussi au français et, plus récemment comme beaucoup d’autres langues, à l’anglais. Le paysage maltais porte aussi les traces de cette histoire chaotique, fortifications urbaines et portuaires, nombreux édifices religieux.

Trois lignes de bus à impériale ainsi que des bateaux de croisière portuaire et une ligne de ferry vous permettent de visiter Malte et Gozo en l’espace d’un long weekend pour autant que vous n’ayez pas agrémenté le déplacement de quelques rendez-vous professionnels – on ne se refait pas ! Et, pour en terminer, deux adresses pour s’égayer les papilles : Barracuda (« chic, choc et star ») et Piccolo Padre (cuisine succulente, prix raisonnables, réservations souhaitables : il y a beaucoup de monde le samedi soir!). N’hésitez pas à déguster les vins locaux dont les prix défient la concurrence : rouges (cabernet sauvignon, merlot, syrah…) et rosés se tiennent fort bien (le temps a manqué pour déguster les blancs et il y avait quand même aussi un marathon au menu).

Quant à la météo, c’était 15°, plein soleil, petit vent rafraichissant question de vous rappeler que vous vous trouviez sur une île pendant que ce même weekend d’autres couraient entre les flocons… Bref, sous tous ces plans, la destination vaut assurément le voyage et une cote de 16/20.

Avec un score général de 62/100, le Marathon de Malte se voit décerner le premier certificat Marathonien de coeur et d’esprit avec la mention « satisfaction ».

Il serait amusant, quand l’occasion s’en présentera, de passer en revue les neufs marathons qui font l’objet du livre Marathonien de coeur et d’esprit et de les soumettre aux mêmes critères d’évaluation. Cela permettrait de dégager une hiérarchie et de les positionner les uns par rapport aux autres. L’auteur y pensera. Promis. Que cela ne vous empêche de déjà vous faire une petite idée et de commander le livre en cliquant ici.

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2 Commentaires » pour Malta Marathon – 28ème Marathon de Malte (24.02.2013)
  1. Tonnet dit :

    Donne cruellement envie à un non-marathonien d’y participer…

  2. Ayant vécu à Malte 4 ans et ayant participé au semi la même année (2013), c’est avec plaisir que je lis ce CR très détaillé. Au plaisir de se croiser sur une course à l’occasion !

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