Le Marathon de Limassol, marathon officiel de Chypre (24.03.2013)

C’est sur Chypre, où se déroulait dimanche le Marathon de Limassol, que serait née de l’écume de la mer, Aphrodite, déesse de l’Amour et de la Beauté, amenée par un vent d’ouest, le Zéphyr, au lieu-dit Petra tou Romiou, à proximité de Paphos. Cette dernière, troisième agglomération de l’île, dotée d’un aéroport international (notamment relié à celui de Charleroi), doit son nom à l’une des deux filles que, suivant la mythologie grecque, le sculpteur Pygmalion, jusque-là célibataire invétéré, eut de sa statue Galatée. Il l’avait ciselée à l’image qu’il se faisait de la femme idéale et en tomba follement amoureux, au point qu’Aphrodite, émue par tant de dévotion, donna vie à l’ivoire. De cette légende, l’écrivain irlandais George Bernard Shaw tira sa magistrale pièce de théâtre Pygmalion (1914), dont Georges Cukor s’inspira pour le film My Fair Lady (avec Audrey Hepburn et Rex Harrison, 1964) et dont la psychologie induisit son concept de prophétie auto-réalisatrice (connu sous le nom d’effet Pygmalion ou effet Rosenthal & Jacobson).

Quel homme n’a rêvé de façonner la compagne de sa vie à l’image qu’il se représentait de la femme idéale (et vice-versa) plutôt que de s’en remettre aux aléas de la sélection naturelle ou aux impératifs de la métaphysique de la sexualité (selon Arthur Schopenhauer) ? Ce weekend, les Chypriotes avaient des préoccupations plus pressantes à l’esprit. Chypre est en effet confrontée à une crise sans précédent aux effets potentiellement encore plus dévastateurs sur le plan économique que l’invasion par la Turquie en 1974. C’est que les kleptomanes qui n’ont de cesse de nous asservir ont fomenté de faire main basse sur l’épargne chypriote et toutes les banques ont été fermées il y a plus d’une semaine de crainte que les Chypriotes ne s’y ruent pour en retirer leur argent. Les retraits étant limités aux guichets automatisés des banques et ces derniers s’asséchant rapidement, le cash était roi et il se faisait rare le weekend du Marathon de Limassol. Même changer un billet de 50 € était devenu difficile car chacun gardait sa monnaie pour les petites transactions de la vie courante. Les commerces refusaient les cartes de banque et les entreprises, le crédit. Bref, l’économie était pratiquement à l’arrêt, ce qui était plus susceptible d’exacerber la crise que d’y remédier. Pourtant, les Chypriotes ne sont pas des feignants (la partie professionnelle de la visite se prolongea jusque tard dans la soirée du vendredi, se poursuivit le samedi et reprit le lundi, un jour férié sur l’île !).

Que ce soit pour commencer à 20 ans ou tout recommencer plus tard, où conviendrait-il aujourd’hui d’aller vivre et travailler ? Un marathon constitue une manière privilégiée de visiter une ville de fond en comble et de rencontrer des gens de tous les horizons, au propre comme au figuré, comme Marathonien de coeur et d’esprit le soulignait dans son chapitre consacré au Marathon de Copenhague. A Malte le mois dernier comme à l’occasion du Marathon de Limassol à Chypre, ce week-end, cela restait d’une brûlante actualité.

En manifestant leur volonté de prélever d’autorité un dividende arbitraire sur l’épargne privée comme l’eût fait un vil seigneur sur la récolte de ses sujets au Moyen Âge, nos suzerains des temps modernes ont ouvert la boîte de Pandore (pour rester dans la mythologie grecque). Gageons, en effet, qu’après Chypre, ce nouveau paradigme de gouvernance étatique s’appliquera à l’épargne d’autres pays européens fortement endettés (en termes de dette publique, d’engagements différés et de garanties bancaires). A titre de comparaison, la dette publique de Chypre ne s’élevait qu’à 71,8% du PIB (produit intérieur brut) en 2012 alors que celle de la Belgique frôlait les 100% et les dépenses de l’Etat se situaient à 45% du PIB à Chypre alors qu’elles excèdent les 50% du PIB en Belgique ! L’île bénéficie en outre d’un taux de chômage sensiblement inférieur à celui de la Belgique. La crise à laquelle Chypre est actuellement confrontée résulte de la faiblesse de son secteur bancaire à la suite de la dépréciation des obligations d’Etat et des autres prêts consentis à la Grèce, un pays avec lequel plus de deux mille ans d’histoire font que Chypre entretient des relations étroites. Que l’on ne s’y trompe pas : Chypre, dont le sous-sol regorge de gaz, ne manque pas de courtisans ! Ce ne sont certes pas les seules affinités religieuses qui poussèrent la Russie à proposer son aide financière. A entendre les interlocuteurs professionnels rencontrés sur place, nombreux seraient les Chypriotes qui eussent préféré conclure un deal clean avec le grand frère orthodoxe que subir le diktat des hautes instances de l’Union européenne. Disons-le tout net : Chypre constitue une destination de tout premier choix pour qui entend entreprendre et la crise présente peut-être une opportunité unique de s’y installer à meilleur compte pour qui aura le courage de la saisir. De nombreux jeunes venus d’horizons divers, marathoniens ou non, rencontrés sur place, ont fait ce choix et en paraissent ravis. Sous couvert du Marathon de Limassol, c’était en mission de prospection et de reconnaissance que Marathonien de coeur et d’esprit brava l’écume sur les terres de la déesse de l’Amour et de la Beauté, dans l’attente improbable qu’une Eliza Doolittle ou un Freddy Eynsford-Hill se présentât chez le Professeur Higgins pour ciseler un concept d’indépendance économique et auto-réaliser la prophétie de progrès social. 

A présent que le décor est planté, voici sur base des cinq critères qui avaient servi pour le Marathon de Malte du mois dernier, une évaluation du Marathon de Limassol :

Organisation

Le Marathon de Limassol se présente sur un site Internet de bonne facture comme le marathon officiel de Chypre, accrédité par l’AIMS (l’association internationale des marathons) et l’IAAF (la fédération internationale des fédérations d’athlétisme). Un jeune participant hongrois vivant à Chypre depuis 4 ans pour échapper à la morosité économique et climatique qui sévit dans son propre pays confirma chemin faisant que le Marathon de Limassol était plus important que le marathon qui s’était déroulé à Paphos quinze jours plus tôt et que le Marathon de Nicosie, la capitale désormais divisée de l’île.

L’on s’inscrivait au Marathon de Limassol via Internet jusqu’au 20 mars, quatre jours avant la date de l’épreuve, et l’on payait le droit d’inscription de 50 € par carte bancaire via une procédure sécurisée. Le dossard, dans lequel était intégré la puce électronique, et un T-shirt technique de marque sans manches commémorant l’événement se retiraient le vendredi et le samedi sous des tentes dressées sur l’aire de départ et d’arrivée, en front de mer, dans la zone de Molos. Les goodies se limitaient à une mini-pochette de 2 ml de gel anti-douleurs musculaires et une autre de 32 g de gel énergétique.

Les contacts par e-mail avec le comité d’organisation pour prendre conseil au sujet de l’hébergement reçurent réponse dans un délai raisonnable mais l’hôtel partenaire retenu offrait des prestations fort moyennes par rapport à celles que, aux dires des Chypriotes rencontrés dans le cadre professionnel, d’autres hôtels, pas nécessairement moins bien situés, eussent proposé à des prix équivalents. Le transport prévu par les organisateurs à partir des hôtels partenaires n’avait pas fait l’objet de la moindre publicité, aussi des participants moins vigilants que Marathonien de coeur et d’esprit (commander le livre!) empruntèrent les transports publics.

Il faisait beau et chaud à Limassol dimanche. Les organisateurs avaient prévu un ravitaillement en eau tous les deux kilomètres et demi, au moyen de petites bouteilles en plastique. Ici, pas de bidons d’eau de ville ni de bassines où les uns trempent les gobelets et les autres leur casquette… Seule remarque : à l’exception des Allemands et du Belge (y en avait-il un autre?) qui utilisaient les poubelles, les participants jetaient les bouteilles n’importe où, y compris dans les fossés en contre-bas de la route, là où personne n’ira les chercher dans les vingt prochaines années. Marathonien de coeur et d’esprit aime les courses vertes, écologiquement responsables. Les organisateurs devraient instiller une plus grande auto-discipline aux coureurs. Certains le font d’ailleurs déjà, déclassement à l’appui.

Le parcours était interdit aux voitures. Le balisage était sommaire et, quand les signaleurs étaient fatigués ou distraits et qu’il n’y avait plus un seul joggeur à l’horizon, il fallait demander son chemin. La distance parcourue n’était indiquée que tous les deux kilomètres et demi et il n’y eut aucune prise de temps intermédiaire, pas même à la mi-course, simplement indiquée sur un panneau en carton d’environ 30 x 20 cm. Une assistance médicale était présente le long du parcours et à l’arrivée.

Une consigne pour déposer et récupérer ses affaires personnelles était située à quelques dizaines de mètres de la ligne de départ et d’arrivée. Elle était assez encombrée le matin, tous les concurrents s’y présentant en même temps en raison de la proximité des heures de départ des différentes courses au programme. A l’arrivée des marathoniens, l’efficacité était au maximum. Ce sont, en vérité, les bénévoles en nombre sans doute plus élevé que les coureurs et d’une prévenance exemplaire, qui, du point de vue organisation, sauvèrent la mise.

La prestation d’ensemble du Marathon de Limassol pour l’organisation générale méritait un 12/20. L’on aurait pu s’attendre à mieux de la part d’un marathon accrédité par les instances internationales.

Parcours

Fidèle à son slogan « Run along the waves » (Courez le long des vagues), le Marathon de Limassol empruntait essentiellement la route bordant le littoral de l’agglomération de Limassol. L’on partait vers l’est, dans la direction de Larnaca et des ruines d’Amathus, et passait par Agios, Athanasios et Germasogia en suivant une route en ligne droite. Au km 12, à Agios Tihonas, l’on faisait demi-tour et reprenait la direction de Limassol-centre (km 25) que l’on traversait jusqu’au port marchand où l’on faisait une petite boucle (km 30) avant de repartir vers le centre ville et d’effectuer une ultime boucle d’environ 7 kilomètres avant d’atteindre l’arrivée.

Par un soleil radieux comme ce 24 mars 2013, il convenait d’utiliser une crème solaire d’un niveau de protection élevé car le parcours était exposé au soleil d’un bout à l’autre, sans la moindre zone ombragée. L’aspect scénique était mitigé par le fait que l’on ne courait pas en permanence avec vue sur la mer dès le moment où, dans le centre-ville, l’on était entouré de buildings. Les organisateurs devraient peut-être renoncer à leur option marketing flat & fast et faire passer les concurrents par la promenade longue d’une quinzaine de kilomètres qui se situe réellement en bord de mer car si, de par son dénivelé et sa surface, le parcours ne présentait pas de réelle difficulté, il n’était, pour d’autres raisons, pas rapide pour autant. Le vainqueur chypriote d’origine éthiopienne Ahmet Kazachoum couvrit la distance en 2 h 27 min 51 s. Chez les femmes, la Russe Irina Pankovskaia, sixième au classement général, s’imposa en 2 h 48 min 35 s, précédant une compatriote d’environ deux minutes et de deux places au scratch.

Pour toutes ces raisons, le Marathon de Limassol n’est pas recommandé pour une première tentative sur la distance. Comme il reste toutefois agréable de courir sous un ciel radieux le long de la grande bleue pendant qu’il neige chez soi, nous accorderons au parcours du Marathon de Limassol un 12/20.

Ambiance

Contribuent à l’ambiance, lisiez-vous sur ce blog dans le compte-rendu du Marathon de Malte, le nombre des concurrents, celui des spectateurs, les animations le long du parcours.

C’était sur ce plan que le bât blessait le plus à Limassol. Un marathonien se prétendant proche du comité d’organisation déclara avant le départ que nous serions 3.000. En additionnant les athlètes, les bénévoles et les familles qui flânaient au soleil sur la splendide promenade de Molos ?

179 coureurs terminèrent le marathon, 281 le semi-marathon et 368 le parcours de santé sur 10 km. Le départ du semi-marathon étant donné après celui du marathon, les marathoniens se faisaient rattraper, dépasser ou accompagner par les semi-marathoniens jusqu’au 10ème kilomètre. A cet endroit, les semi-marathoniens faisaient demi-tour alors que les marathoniens poursuivaient encore leur route pendant deux kilomètres avant de virer à 180°. Autant dire que passé le cap des 10 km et pour les 32 suivants, c’était chacun pour soi, sans le moindre coureur à l’horizon à certains endroits, dans l’indifférence quasi générale de la population locale apparemment peu informée de ce qu’un marathon avait lieu et en l’absence de toute animation musicale (à l’exception de baffles de grande puissance installés devant un hôtel) !

Le sea, sun & run ne suffit pas à créer l’ambiance. Avec mansuétude, nous accorderons un 9/20. Pour atteindre la moyenne, le Marathon de Limassol devra fournir des efforts considérables de publicité (déjà à Chypre même mais aussi dans la communauté internationale) et de communication. Un site Internet même bien fait ne répond pas, seul, à ces exigences.

Accessibilité

Nous reprenons sous ce vocable les aspects logistiques et pécuniaires (déplacement, hôtels, coûts).

Marathonien de coeur et d’esprit se rendit à Chypre en compagnie low cost via Rome où il avait de premiers rendez-vous professionnels. L’étape tombait bien car il y avait déjà un vol Rome-Paphos alors qu’aucun vol direct n’était encore disponible à partir de la Belgique. C’est le cas à partir de cette semaine, ce qui permit un retour direct de Paphos à Charleroi (environ 4 heures de vol). Coût total des trois vols : 86, 69 €. Il faut y ajouter le trajet Paphos-Limassol assez onéreux si vous arrivez dans la nuit, seul, à une heure à laquelle les transports publics ne roulent plus et avez un rendez-vous professionnel le lendemain matin dans la ville portuaire.

Les organisateurs reprenaient sur leur site trois hôtels avec lesquels des tarifs spéciaux avaient été négociés dont un « 4 étoiles » un peu démodé situé en bord de mer à une dizaine de kilomètres du départ qui proposait une formule half board à un prix avantageux (WiFi compris) et à partir duquel était prévu un transport en bus municipal pour aller au marathon et en revenir.

Le droit d’inscription au Marathon de Limassol était fixé à 50 €. Compte-tenu du niveau des prestations et de la participation, c’était relativement cher. Evidemment, comme les organisateurs affrétèrent tout un autobus de transport urbain pour conduire une poignée de coureurs au petit matin au départ de leurs courses, le montant du droit d’inscription pouvait en partie s’expliquer.

Quand il fait vraiment trop gris chez nous, emballez vos baskets, quelques shorts, T-shirts et paires de chaussettes dans un bagage-cabine et envolez-vous vers Chypre pour quelques aller-retour sur la promenade en bordure de mer au départ de Molos à Limassol. Profitez-en pour vous faire étape à Rome, visiter quelques-uns des trésors évoqués dans Marathonien de coeur et d’esprit dans son chapitre au sujet du marathon qui s’y déroule chaque année et goûter à sa délicieuse cuisine et aux vins locaux. Le dépaysement à ce prix vaut 13/20.

Destination

De par sa position géographique en-dessous de l’Anatolie (la partie asiatique de la Turquie) et en face de la Syrie, Chypre, qui compte aujourd’hui environ 1.150.000 d’habitants sur 9.251 km2, a été au fil de son histoire et reste l’objet de nombreuses influences et convoitises. L’hellénisation de l’île, qui est majoritairement de culture grecque, remonte au règne d’Alexandre-le-Grand et des Ptolémées d’Egypte. L’île est occupée au Nord par la Turquie et la couronne britannique y dispose encore de deux enclaves militaires autonomes.

C’est à Limassol, deuxième ville la plus importante du pays avec ses 228.000 habitants, que Richard Coeur de Lion débarqua le 1er juin 1191 et épousa Bérangère de Navarre l’année suivante dans un château qui constitue l’une des attractions touristiques de la ville et qui est entouré de petites rues pittoresques et d’une foule de restaurants. Une adresse mérite d’être vivement recommandée : Palio Varka, sur un coin en face du château. Le père du patron est pêcheur. Les mets que l’on vous sert sont d’une fraîcheur extraordinaire et le délicieux vin blanc que le patron vous propose au verre provient d’une production locale (Limassol est la capitale vinicole de l’île). Au sortir de la ville, se construit la Limassol Marina qui méritera une visite après que les villas l’entourant auront été achevées et pour autant que l’accès y soit, à ce moment-là, encore autorisé !

Sur le plan courir et ne pas mourir idiot, Limassol se distingue et arrache 2 points supplémentaires pour la gentillesse de la plupart des gens que vous y rencontrez (16/20).

Obtenant un score général de 62/100, le Marathon de Limassol se voit décerner son certificat Marathonien de coeur et d’esprit avec la mention satisfaction..

Posté dans Accomplissement de soi

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