Limassol Marathon, Chypre – Post-scriptum

Le printemps au Brabant Wallon, 29 mars 2013

Il est encourageant de recevoir des messages ou autres marques de soutien (le bouton « J’aime » sur Facebook n’est pas réservé aux manchots!) à la suite d’un article. Celui de ce blog sur le Limassol Marathon qui a eu lieu le 24 mars 2013 à Chypre a suscité quelques réactions donnant à penser que certains d’entre vous lisent plus attentivement que d’autres ces carnets de route, commencés il y a trois ans avec les premières lignes du livre Marathonien de coeur et d’esprit. Voici quelques-unes de ces réactions et, en guise de marque de gratitude, ce post-scriptum.

« As-tu sauvé Chypre ? »

Chypre n’a pas besoin d’être sauvée, elle se sauvera bien toute seule. Une étude de Noble Energy, la société énergétique indépendante fondée en 1932 par Lloyd Noble et faisant partie aujourd’hui de l’indice boursier S&P500, a indiqué qu’il serait possible de récupérer 5.000 à 8.000 milliards de pieds cube de gaz naturel au sud de Chypre. C’est ce qui expliquerait la récente présence conjointe à Moscou des ministres chypriotes des finances et de l’énergie. Il s’agirait de négocier avec la société énergétique russe Gazprom un accès à certaines réserves de gaz offshore en échange d’un nouveau prêt de la Russie. La Russie, inquiète de l’évolution de la situation en Syrie où elle dispose dans le port de Tartous de sa seule base dans la région, envisagerait aussi, selon le blog américain Zero Hedge, de stationner une flotte de cinq à six navires de guerre à Chypre, laquelle héberge déjà de nombreux citoyens russes. « Faudra-t-il encore attendre longtemps, s’interroge le blog Zero Hedge, avant de lire qu’en échange de nouveaux prêts non garantis, la Russie a gagné le droit d’établir une petite, minuscule base navale ou militaire à Chypre ? »

« La crise n’est pas le fait de l’UE mais de Chypre elle-même ! »

Le printemps à Limassol, 23 mars 2013

« Ayons égard aux faits », poursuit un éminent correspondant. Référons-en ici à un article publié dans l’International Herald Tribune du 27 mars 2013 (c’est à dire, relevons-le, après le compte-rendu du Limassol Marathon sur le blog Marathonien de coeur et d’esprit) : « La crise bancaire chypriote fermentait depuis longtemps. Les ingrédients en avaient été préparés dans une réunion qui s’était prolongée à Bruxelles jusqu’en pleine nuit, il y a 17 mois. A cette époque-là aussi, l’Union européenne peinait à contenir une crise de l’endettement. C’était de la Grèce qu’il s’agissait. Afin de justifier leur aide financière, les dirigeants européens et du Fonds monétaire international décidèrent que quelqu’un devait partager la douleur et s’accordèrent sur ce que les détenteurs d’obligations de l’Etat grec renonceraient à 50% de leur valeur faciale. Parmi ces détenteurs d’obligations de l’Etat grec figuraient les banques chypriotes. Cette nuit-là, en octobre 2011, les dirigeants européens et du FMI plantèrent une bombe à retardement qui soufflerait un trou béant dans le système bancaire chypriote. Que le ministre des Finances chypriote de l’époque assistât à cette réunion fatidique n’y changea rien. ‘Il était 3 heures du matin’, se souvient-il. ‘Je n’étais pas heureux. Que pouvions-nous faire ?’ La dépréciation des actifs grecs coûta finalement 4 milliards € aux banques chypriotes, ce qui est énorme pour un pays dont le PIB (produit intérieur brut) est de 18 milliards €, moins que le montant des ventes du fabricant de yogourt français Danone… »

C’est à cet égard que les Chypriotes rencontrés à Limassol concevaient un certain ressentiment vis-à-vis de l’Union européenne dont ils font partie depuis 2004 et des dirigeants de la zone euro qu’ils ont rejoint en 2008. Regrettant déjà que leur adhésion à l’UE n’ait pas permis de chasser l’occupant turc de leur territoire, ils ont l’impression d’avoir été lâchés par les hautes instances européennes et de payer une deuxième fois pour la crise grecque. Compte-tenu des enjeux géopolitiques, que représentent les 5 ou 10 milliards € requis pour le sauvetage de l’île pour le bloc des 27 pays de l’Union européenne dont le PIB est de 12.638 milliards (2011) ? D’où a germé chez certains l’idée d’un clean deal avec le grand frère orthodoxe dont la présence sur l’île serait, en outre, autrement plus dissuasive à l’égard de la Turquie que celle de deux bases d’une puissance, la Grande-Bretagne, associée à l’occupant turc au sein de l’OTAN, ou que l’appartenance à l’Union européenne qui, aux yeux des Chypriotes, n’a pas fait montre de beaucoup d’esprit de décision et de solidarité dans la crise à laquelle ils sont confrontés…

« Chypre recherche entrepreneurs. Ont-ils cherché à te garder en otage ? »

Image courtesy of FreeDigitalPhotos.net

La liberté économique réside dans le droit fondamental pour chaque individu de disposer de son propre travail et de ce qui lui appartient. Dans une société économiquement libre, un individu jouit du droit de produire, de consommer et d’investir comme il l’entend, tout à la fois sous la protection de l’Etat et en l’absence de contraintes de la part de ce dernier. Le gouvernement garantit la libre circulation du travail, des capitaux et des biens et s’abstient de toute coercition ou contrainte autre que celle visant à faire respecter cette liberté elle-même.

Si l’on s’en réfère à l’indice de liberté économique établi en 2013 par The Heritage Foundation, un think-tank (littéralement : réservoir à réflexion) américain, Chypre obtient un score de 69/100 et se classe au 41ème rang mondial sur 177 pays (8 pays – l’Afghanistan, l’Iraq, la Lybie, la Syrie, etc – n’y figurent pas). Depuis 2011, le score de Chypre a sensiblement baissé en raison de l’augmentation du déficit public à 6,5% du PIB, de l’absence de toute avancée dans la problématique de l’occupation turque et de la fragilité de son système bancaire.

Sur le plan du respect du droit de propriété (du moins pour les ressortissants de l’Union européenne) et de l’absence de corruption, Chypre se situe bien au-dessus de la moyenne mondiale. Il en va de même quant à la liberté de créer, de gérer et de fermer une entreprise, s’appuyant sur une législation du travail destinée à favoriser l’emploi et un accroissement de la productivité. La politique chypriote en matière de commerce et d’investissement s’aligne sur celle des états membres de l’Union européenne. The Heritage Foundation en conclut que Chypre présente une économie libérale et ouverte et un cadre juridique encourageant l’investissement direct et l’esprit d’entreprise. Ce jugement doit-il être mitigé à la lueur des récents événements? Il faut toutefois aussi intégrer le facteur gaz offshore et la dimension de l’économie chypriote : dans un monde d’une complexification exponentielle, il est plus facile de résoudre les problèmes d’une économie de 18 milliards € et de moins d’un million d’habitants que ceux de l’Espagne, de l’Italie ou de la France… voire de la Belgique ! Quoi qu’il en soit, Chypre paraît effectivement une destination plus propice à l’expatriation pour un Européen à la recherche de nouvelles perspectives que l’Australie ou la Nouvelle-Zélande, classées respectivement 3ème et 4ème de l’indice de liberté économique, avec 82,6% et 81,4%.

« Références littéraires très littéraires, cryptiques »

Eût-il fallu un doctorat ès lettres pour faire le lien entre le Professeur Higgins, Eliza Doolittle et Freddy Eynsford Hill et la pièce de théâtre Pygmalion de George Bernard Shaw dont ils sont trois des principaux personnages? Dans cette comédie considérée comme l’une de ses oeuvres maîtresses, l’écrivain irlandais raconte l’histoire d’un professeur de phonétique (Higgins) qui fait le pari avec son collègue Pickering de désapprendre son accent cockney à une marchande de fleurs ambulante (Eliza) et de la faire passer comme une lady dans la société huppée. Quand sa mère traite l’exercice de frivolité, Higgins s’insurge :

HIGGINS. Playing ! The hardest job I ever tackled : make no mistake about that, mother. But you have no idea how frightfully interesting it is to take a human being and change her into a quite different human being by creating a new speech for her. It’s filling up the deepest gulf that separates class from class and soul from soul.

En cette époque de parler globish (« global English »), la diction n’y suffirait plus. Mais, serait-il insensé d’imaginer qu’une simple idée, travaillée avec toute la discipline et l’abnégation que met un coureur ou une coureuse de fond dans sa préparation d’une épreuve d’endurance et being at the right place the right time, puisse plus sûrement transformer le cours d’une existence que l’espérance fort hypothétique de gagner la cagnotte à la loterie de l’euro millions ?

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Cela suppose que l’on sorte de sa routine et de sa zone de confort. Comme l’affirmait Abbie Hoffman, l’activiste américain des années 1960 et 1970, « the only way to support a revolution is to make your own » ou Jim Morrison, le chanteur emblématique des Doors, « there can’t be any large-scale revolution until there’s a personal revolution, on an individual level. It’s got to happen inside first ». (Ce thème avait déjà été abordé dans l’épilogue du livre Marathonien de coeur et d’esprit. Commandez le livre en cliquant sur le lien.)

Voilà pour le décryptage. Cet article ne sera diffusé que sur le site Marathonien de coeur et d’esprit et via son réseau Facebook. S’il vous a intéressé, faites-le savoir (« J’aime »!) et diffusez-le. S’il suscite questions ou commentaires, utilisez l’onglet contact sur le site ou cliquez sur le lien pour écrire à son auteur..

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