20 Km de Bruxelles – Une 35e édition royale (18.05.2014)

Cette chronique vous l’avait annoncé avant même que le Roi Albert II ne rende publique sa décision d’abdiquer : cette 35e édition des 20 Km de Bruxelles serait royale. Elle le fut. Quelques minutes avant le départ, Emile Dereymaeker et Carine Verstraeten, chevilles ouvrières de l’organisation de cette épreuve phare de la saison belge de course à pied hors stade depuis sa création en 1980, firent lire un communiqué dans lequel ils se réjouissaient de l’immense honneur que leur faisait ainsi qu’aux 40.000 autres coureurs le Roi Philippe de prendre le départ des 20 Km de Bruxelles comme il l’avait déjà fait l’an dernier en tant que prince héritier.

L’annonce de la présence du Roi Philippe fut chaudement applaudie par les dizaines de milliers de coureurs rassemblés ce dimanche matin au pied de l’arc de triomphe du Cinquantenaire. En ces temps où d’autres chefs d’état ne se font remarquer que par leurs frasques et où les mandataires publics nous inondent de promesses à tous crins et se complaisent dans les coups fourrés, sans doute la venue du souverain, accompagné de son épouse et de ses quatre enfants Elisabeth, Eléonore, Gabriel et Emmanuel, présentait-elle un aspect réconfortant changeant de la télé-réalité dont les médias nous assaillent en permanence.

De membre du gouvernement ou du parlement, il n’y eut pas au départ des 20 Km de Bruxelles – cela se serait su ! L’on crut apercevoir une Vice-Première Ministre, mais elle était sur le podium près des portiques électroniques du départ et non en legging et en baskets. En outre, elle paraissait trop accaparée par son smartphone – répondait-elle à cet adversaire politique qui l’avait accusée d’avoir distribué des tracts électoraux en langue turque dans certaines communes bruxelloises ? – pour vraiment s’intéresser aux manants qui défilaient

Des manants, les 20 Km de Bruxelles en avaient réuni quelque 4.000 au pied de l’Atomium lors de la création de l’épreuve en 1980. Trente-cinq ans plus tard, nous étions dix fois plus à nous élancer par vagues de l’esplanade du Cinquantenaire à l’assaut des plus beaux quartiers de Bruxelles, ville souvent décriée à l’étranger (« Bruxelles pas belle », titrait, par exemple, le journal français Libération en mai 2013) et aussi parfois chez nous comme étant laide et sale. Jean Quatremer, le correspondant de Libération à Bruxelles, a-t-il jamais couru les 20 Km de Bruxelles ou voit-il tout Paris à l’image de ses huit premiers arrondissements ?

Après avoir quitté le parc du Cinquantenaire, l’on traversait le quartier européen, rejoignait les abords du Parc Royal (« Warandepark ») avec d’un côté le Parlement et l’hôtel du Premier Ministre et de l’autre le Palais du Roi, parcourait les rues Royale et de la Régence, avec leurs musées et le Sablon, en direction du Palais de Justice, empruntait les tunnels de l’avenue Louise pour arriver à ce poumon de Bruxelles que constitue le Bois de la Cambre, dans lequel le parcours faisait une boucle d’environ trois kilomètres et au sortir duquel se situait la mi-course.

Par la suite, l’on remontait la prestigieuse avenue Franklin Roosevelt et la chaussée de la Hulpe en direction de Boitsfort et descendait le boulevard du Souverain vers Auderghem, deux communes où la foule se faisait, comme à l’habitude, plus dense et plus enthousiaste. Par-delà Auderghem, ledit boulevard emmenait les coureurs sur une autre portion plus verdoyante et ombragée du parcours jusqu’à la dernière difficulté de la matinée, dans le 18e kilomètre, la montée de cette autre artère prestigieuse qu’est l’avenue de Tervueren. A son sommet, les coureurs apercevaient au loin l’arc triomphal et salvateur de l’arrivée, du moins pour ceux qui l’atteignirent car la chaleur et le soleil conjugués à l’effort provoquèrent de nombreux malaises et l’on eut malheureusement à déplorer à nouveau le décès d’un coureur.

Que ce tragique accident de course fasse la une de la presse et éclipse apparemment toute autre considération au sujet de cette splendide manifestation populaire et sportive dont le succès dépasse les frontières (les inscrits représentaient 123 nations) dénote cette propension rabat-joie irrépressible de la production médiatique. L’on en oublierait presque de signaler que c’est le Kényan Gilbert Kipruto Kirwa (29 ans – 2:06:14 sur marathon à Francfort en 2009) qui s’est imposé en 59:05 devant trois de ses compatriotes. Le Belge Abdelhadi El Hachimi (40 ans) s’est classé cinquième en 1:01:03. Le Roi Philippe a terminé 18.328e en 1:58:16, Marathonien de coeur et d’esprit 3249e en 1:33:09.

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1 Commentaire » pour 20 Km de Bruxelles – Une 35e édition royale (18.05.2014)
  1. Christophe Delaere dit :

    On avait agréablement conversé avant le départ du Fond des Ails (CBW 2014)… Je ne suis pas marathonien (je me limite volontairement à 21 km et des poussières) mais j’ai du respect pour ceux qui le sont ET qui prennent toujours le même plaisir sur des 12, 15 et 20 km.

    C’est manifestement votre cas et cela transparaît nettemment dans vos savoureux (et justes) articles d’après course.

    Pour les royaux 20K, Isabelle a été nettemment devancée par Papa! De mon point de vue, c’est néanmoins le plaisir qui compte avant les résultats.

    Avec les Crêtes de Spa, par exemple, j’ai découvert d’une autre manière une magnifique partie de nos Ardennes.

    Si, en plus, les résultats donnent satisfaction, c’est encore mieux.

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